‹ Fables canadiennes [microforme]Chapitre 78 sur 182 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Le lièvre trouve exquis ce mets tout à fait neuf, Le dévore, Puis en demande encore, Le rat hospitalier, ntr'ouvrant son cellier, Lui fit voir que chez lui se trouvait l'abondance.

—Je voudrais Des œufs frais, Dit le petit intrus avec outrecuidance.

—Comme on est en été, Lui répondit le rat, vous en aurez sur l'heure, Même à satiété ; estez dans ma demeure, Je vais vous en chercher,

Puis il sortit pour dénicher

Les poules sur leurs nids de paille,

Trouvant amusant d’être ingrat, Le lièvre fit ripaille En l'absence du rat, Et vers les bois, ensuite,

Prit la fuite.

Il ne se montra plus qu'aux jours froids de l’hiver, Car, l'hiver arrivé, sa robe devint blanche.

Et puis 1l aimait moins le bourgeon de la branche Et le trouvait parfois amer.

Les œufs étaient si bons! L'eau venait à la bouche Rien que d'y penser.

Et le rat, loin d’être farouche, Semblait aimer un peu qu’on l’aide à dépenser.

— Pourquoi ne tenter pas cette bonne aventure, Se dit-il, encore une fois ?

Monsieur le rat est trop courtois Pour oser soupconner dans ma blanche fourrure Le lièvre gris qui l’a triché.

Mettons sa finesse à l'épreuve ; Quand on a fait pean neuve On peut impunément refaire vieux péché.

Il part donc, sautant sur la reige, . Et chez le rat s’en vient frapper.

Celui-ci lui présente ün siége

Mais ne parle point de souper.

La faim inspire de l'audace

À l'animal le plus prudent.

Page 1