XXX LA VIE D ÉSOPE
neilles qui s’abattirent sur le plus haut. U en alla avertir son maître qui voulut voir lui-même s’il disoit vrai. Tandis que Xautus venoit , l’une des corneilles s’envola. Me tromperas-tu toujours? dit-il à Esope : qu’au lui donne les étrivières. L’ordre fut exécuté. Pendant le supplice du pauvre Esope, on vint inviter Xantus à un repas; il promit qu’il s’y trouveroit. Hélas ! s’écria Esope , les présages sont bien menteurs ! moi qui ai vu deux corneilles , je suis battu ; mou maître , qui n’en a vu qu’une , est prié de noces. Ce mot plut tellement à Xantus qu'il commanda qu’on cessât de fouetter Esope ; mais qpant à la liberté, il ne se pouvoit résoudre à la lui donner, encore qu’il la lui promît en diverses occasions.
Un jour ils se promenoient tous deux parmi de vieux monumeus, considérant avec beaucoup de plaisir les inscriptions qu’on y avoit mises. Xantus en aperçut une qu il ne put entendre , quoiqu’il demeurât long-temps à en chercher l’explication. Elle étoit composée des premières lettres (i) de certains mots. Le philosophe avoua ingénument que cela passoit son esprit. Si je vous fais trouver un trésor par le moyen de ces lettres, lui dit Ejïone, quelle récompense aurai-je ? Xautus lui promit la liberté et la moitié du trésor. Elles signifient, poursuivit Esope, qu'à quatre pas de cette colonne nous en rencontrerons un. En effet ils le trouvèrent après avoir creusé quelque peu dans terre. Le philosophe fut sommé de tenir parole, mais il reculoit toujours. Les dieux me gardent de • t’affranchir , dit-il à Esope , que tu ne m’aies donné avant cela l’intelligence de ces lettres! ce me sera un autre trésor plus précieux que celui que nous avons trouvé. On les a ici i gravées , poursuivit Esope, comme étant les premières lettres de ces mots : /Stjfcttltt
etc. , c’est-à-dire : « Si vous reculez quatre pas et que vous creusiez , vous trouverez un trésor. » Puisque tu es si subtil, repartit Xantus, j’aurois tort de me défaire de toi ; n’espère donc pas que je t’affranchisse. Et mol , répliqua Esope , je vous dénoncerai au roi Denys ; car c’est à lui que le trésor appartient , et ces mêmes lettres
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