‹ Fables choisies de La FontaineChapitre 20 sur 68 · CO FABLES CHOISIES · texte numérisé non relu

CO FABLES CHOISIES

Ne tardera possible (i) guères.

Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment Celte maudite laie, et creuser une mine?

C’est pour déraciner le chêne assurément ,

Et de nos nourrissons attirer la ruiue ;

L'arbre tombant , ils seront dévorés ;

Qu’ils s’en tiennent pour assurés.

S’il m’en restoit un seul , j’adoueirois ma plainte ( 2 ).

Au. par tir de ce lieu qu’elle remplit de crainte ,

La perfide descend tout droit A l’endroit

Où la laie étoit en gésine (3).

Ma bonne amie et ma voisine,

Lui dit-elle tout bas , je vous donue un avis :

L’aigle , si vous sortez , fondra sur vos petits. Obligez-moi de n’en rien dire ;

Son courroux tomberoit sur moi. *

Dans cette autre famille ayant Berné l’effroi ,

La chatte en son trou se relire.

L’aigle n’ose sortir , ni pourvoir aux besoins De ses petits ; la laie encore moins :

Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins ,

Ce doit être celui d’éviter la famine;

A demeurer chez soi l’une et l’autre s'obstine,

Pour secourir les siens dedans l’occasion :

Loiseau royal, en cas de mine;

La laie, en cas d’irruption.

La faim détruisit tout; il ne resta personne De la gent marcassine et de la gent aiglonne Qui n’allât de vie à trépas :

Grand renfort (4) pour messieurs les chats.

Que ne sait point ourdir une langue traîtresse Par sa pernicieuse adresse?

bouche de la chatte qui tend un piège à l’aigle t l’hypocrisie ne trouve pas de pareils traits de sentiment.

(1) Adverbe peu usité , pour peut-etre.

(a) Encore un vers sublime qui ne peut partir que d’une ante vraiment maternelle.

(3) Ven<~ t de mettre lias ses petits qu’on appelle marcassins.

<4) Grande provision de bouche.

Des

DE LA FONTAINE. LÏV. III. Cl

Dés malheurs qui sont sortis De la boîte de Pandore (x) k Celui au’à meilleur droit tout i univers abhorre ,

C’est la fourbe , à mon avis.

( Voyez Phèdre , liv. a , Fable III. )

(i) Statue que Vuleain fit et qu’il anima, Jupiter lui donna une boite où tous les maux étoient renfermés.

FABLE VIT

L’Ivrogne et sa Femme.

Chacok a son défaut où toujours il revient:

Honte ni peur u’y remédie.

Sur ce propos , d’un conte il me souvient :

Je ne dis rien que je n’appuie De quelque exemple. Un suppôt de lia reluis (a) Altéroit sa santé , son esprit et sa bourse :

Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course , Qu’ils sont au bout de leurs écus.

Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille. Avoit laissé sés sens au fond d'une bouteille ,

Sa femme l’enferma dans un certain tombeau.

Là , les vapeurs du vin nouveau Cuvèrent à loisir. A son réveil il trouve L’attirail de la mort à l’entour de son corps (3) ,

Un luminaire , un drap de morts.

Oh ! dit-il , qu’est ceci ? ma 'femme est-elle veuve ? Là-dessus son épouse , en habit d’Alecton (4) , Masquée , et de sa voix contrefaisant le ton ,

Vient au prétendu mort , approche de sa bière ,

fa) Un franc ivrogne. Bacchos étoit le dieu du vin.

(3) Ce ver» est de l’espèce de ceux qu'on appelle Léonins , c’est-àdire dont le dernier hémistiche rime avec le premier, au moins à l'oreille, il est important d’éviter ces consonnances ; c’e*t une règle que I,a Fontaine n’observe pas toujours.

(4) Une des trois furies de l’enfer.

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