CO FABLES CHOISIES
Ne tardera possible (i) guères.
Voyez-vous à nos pieds fouir incessamment Celte maudite laie, et creuser une mine?
C’est pour déraciner le chêne assurément ,
Et de nos nourrissons attirer la ruiue ;
L'arbre tombant , ils seront dévorés ;
Qu’ils s’en tiennent pour assurés.
S’il m’en restoit un seul , j’adoueirois ma plainte ( 2 ).
Au. par tir de ce lieu qu’elle remplit de crainte ,
La perfide descend tout droit A l’endroit
Où la laie étoit en gésine (3).
Ma bonne amie et ma voisine,
Lui dit-elle tout bas , je vous donue un avis :
L’aigle , si vous sortez , fondra sur vos petits. Obligez-moi de n’en rien dire ;
Son courroux tomberoit sur moi. *
Dans cette autre famille ayant Berné l’effroi ,
La chatte en son trou se relire.
L’aigle n’ose sortir , ni pourvoir aux besoins De ses petits ; la laie encore moins :
Sottes de ne pas voir que le plus grand des soins ,
Ce doit être celui d’éviter la famine;
A demeurer chez soi l’une et l’autre s'obstine,
Pour secourir les siens dedans l’occasion :
Loiseau royal, en cas de mine;
La laie, en cas d’irruption.
La faim détruisit tout; il ne resta personne De la gent marcassine et de la gent aiglonne Qui n’allât de vie à trépas :
Grand renfort (4) pour messieurs les chats.
Que ne sait point ourdir une langue traîtresse Par sa pernicieuse adresse?
bouche de la chatte qui tend un piège à l’aigle t l’hypocrisie ne trouve pas de pareils traits de sentiment.
(1) Adverbe peu usité , pour peut-etre.
(a) Encore un vers sublime qui ne peut partir que d’une ante vraiment maternelle.
(3) Ven<~ t de mettre lias ses petits qu’on appelle marcassins.
<4) Grande provision de bouche.
Des
DE LA FONTAINE. LÏV. III. Cl
Dés malheurs qui sont sortis De la boîte de Pandore (x) k Celui au’à meilleur droit tout i univers abhorre ,
C’est la fourbe , à mon avis.
( Voyez Phèdre , liv. a , Fable III. )
(i) Statue que Vuleain fit et qu’il anima, Jupiter lui donna une boite où tous les maux étoient renfermés.
FABLE VIT
L’Ivrogne et sa Femme.
Chacok a son défaut où toujours il revient:
Honte ni peur u’y remédie.
Sur ce propos , d’un conte il me souvient :
Je ne dis rien que je n’appuie De quelque exemple. Un suppôt de lia reluis (a) Altéroit sa santé , son esprit et sa bourse :
Telles gens n’ont pas fait la moitié de leur course , Qu’ils sont au bout de leurs écus.
Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille. Avoit laissé sés sens au fond d'une bouteille ,
Sa femme l’enferma dans un certain tombeau.
Là , les vapeurs du vin nouveau Cuvèrent à loisir. A son réveil il trouve L’attirail de la mort à l’entour de son corps (3) ,
Un luminaire , un drap de morts.
Oh ! dit-il , qu’est ceci ? ma 'femme est-elle veuve ? Là-dessus son épouse , en habit d’Alecton (4) , Masquée , et de sa voix contrefaisant le ton ,
Vient au prétendu mort , approche de sa bière ,
fa) Un franc ivrogne. Bacchos étoit le dieu du vin.
(3) Ce ver» est de l’espèce de ceux qu'on appelle Léonins , c’est-àdire dont le dernier hémistiche rime avec le premier, au moins à l'oreille, il est important d’éviter ces consonnances ; c’e*t une règle que I,a Fontaine n’observe pas toujours.
(4) Une des trois furies de l’enfer.