‹ Fables choisies de La FontaineChapitre 29 sur 68 · V FABLE H · texte numérisé non relu

V FABLE H

Le Po^% terre et le Pot de fer.

Lk pot de fer proposa •

Au pot de terre un voyage,

. Celui-ci s’en excusa ,

"** Disant qu’il feroit que sage*(i) ,

De garder le coin du feu ; «■*

' * « Car il lui falloit si peu ,

Si peu , que la moindre chose .• * De son débris ( 2 ) seroit cause :

. ’ Il n’en reviendroit morceau.

*Pour vous , dit-il , dont la peau Est plus dure que la mienne ,

Je ne vois rien qui vous tienne.

l.» Nous vous mettrons à couvert ,

Repartit le pot de fer (3) :

(1) Plus sagement. Expression un peu surannée, trouve communément danê nos anciens auteurs.

(1} !>e sa destruction.

( 3 ) Fer ne rime pas avec couvert.

mais qui m

IOH FABLES CHOISIES

Si quelque matière dure Vous menace d’aventure v ,

Entre deux je passerai ,

Et du coup vous sauverai.

Cette offre le persuade ,

' Pot de fer son camarade Se met droit à ses côtés.

Mes gens s’en vont à trois piés Clopin dopant (t) comme ils peuvent ,

L’un contre l’autre jetés (2)

Au moindre hoquet qu’ils treuvcnt ( 3 ).

Le pot de terre en souffre : il n’eut pas fait cent pas , -

Que par son compagnon il fut mis en éclats ,

Sans qu’il eût lieu de se plaindre.

Ne nous associons qu’avccque nos égaux (4) 0

Ou bien il nous faudrircraiudre '*

Le destin d’un de ces pots. y' *

( 1 ) Expreasion proverbiale, pour àir**±clopinant , eifroarchaa* avec peine , en clochant un peu. W

(a) Jetés ne peut rimer avec pieds.

(3) Hoquet pour aehoppemTnt ; t retirent pour trouvent, vieux mo#

(4) Egaux ne rime pa* avec poti. Cotte fable , très-copnue 3 cause de la leçou importante tpi’eUe renferme, est d'ailleifr* mfdiocre. La Fontaine en *pris l’idée au chapitre XIU de 1 KcctCivastique : Ditiori te ne tmius fueris. Qui J communicabit c<tcabus*d

tique : Ditiori te ne tmtus jueru. y uta c un o liant ? Quandà enim se colliserint , cohfringetur.

•FABLE III

Le petit Poisson À le Pêcheur .

P ktit poisson deviendra*£rand , Pourvu que Dieu lui prérç vie.

Mais le lâcher en attentat ,

Je tiens pour moi que c’est folie :

Car de le rattraper il u’est pas ft-op certain.

Un

ITn carpeau , qui n’étoit encore que üretin (r) ,

Fut pris par un pêcheur au bord d’une rivière.

Tout fait nombre, dit l’homme, en voyant son butin; Voilà commencement de chère et de festin :

Mettons-le en notre gibecière ( 2 ).

Le pauvre carpillon lui dit eu sa manière :

Que ferez-vous de moi ? je ne saurois fournir Au plus qu’une demi-bouchée.

* Laissez-moi carpe devenir :

Je serai par vous repêchée;

Quelque gros partisan (3) m’achètera bien cher.

Au lieu qu’il vous en faut chercher Peut-être encor cent de ma taille Pour faire un plat : quel plat 1 croyez-moi , rien qui vaille. * Rien qui vaille ! hé bien soit, repartit le pc«heur ;

Poisson , mon bel ami , qui faites le prêcheur ,

Vous irez dans la poêle; et, vous avez Iteau dire.

Dès ce soir on vous fera frire.

Un tiens vaut, ce dit on, mieux que deux in r auras.

L’un est sûr , l’autre ne l’est pas.

( Voy. Esope, Fable CXXIV.)

ft) Très-petit.

( 2 ) Sorte de sac de coir. ,

(3) Celai qui fait un traité pour des affaires de finances.

U. animal cornu blessa de quelques coups Le lion qui , de courroux ,

Pour ne plus tomber en la peine , Bannit des lieux de son domaine

Toute bête portant des cornes à son front.

Chèvres , beliers , taureaux aussitôt délogèrent Uaims et cerfs de climat changèrent :

i j O FABLES CHOISIES

Chacun à s’en aller fut prompt.

Un lièvre , apercevant l’ombre de ses oreilles ,

Craignit que quelque inquisiteur N’allât interpréter à cornes leur longueur ,

Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.

Adieu , voisin grillon (i) , dit-il, je pars d’ici;

Mes oreilles enfin seroient cornes aussi ;

Et quand je les aurais plus courtes qu’une autruche Je craindrais même encor. Le grillon repartit :

Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche !

Ce sont oreilles que Dieu fit.

On les fera passer pour cornes ,

Dit l’animal craintif, et cornes de licornes (3).

J’aurai beau protester : mon dire et mes raisons Iront aux petites maisons (4).

(i) Espèce de cigale aimant les lieux chauds, et faisant un bruit aigu et perçant.

(a) Gros oiseau qui a les oreilles fort courtes.

,'3) Animal sauvage qui , selon quelques relations , a une corne au milieu du front , et du reste est assez semblable à un petit cheval. Celte consonnance fait ici un très-bon effet , parce qu’elle arrête l’esprit sur l’idée de l’exagération qu’emploient les accusateurs.

(4j Hôpital où l’on enferme les fous.

FABLE Y

Le Renard ètyanf la queue coupée.

vieux renard , mais des plus fins , leur de poulets , grand preneur de lapins , . entant son renard d’une lieue (5) ,

Fut enfin au piège attrapé.

Par grand hasard en étant échappé ,

Non pas franc (6) , car pour gage il y laissa sa queue; S’étant , dis-je , sauvé sans queue et tout honteux ,

(5) Aussi rusé qu’on le peut être.

(G) Entier.

Pour avoir des pareils ( comme il éioit habile ) ,

Un jour que les renards tenoient conseil entr’eux :

Que faisons-nous , dit-il , de ce poids iuutile (i) ,

Et qui va balayant tous les sentiers fangeux ?

Que nous sert cette queue ? Il faut qu’on se la coupe ;

Si l’on me croit , chacun s’y résoudra. •

Votre avis est fort bon , dit quelqu’un de la troupe :

Mais tournez- vous de grâce , et l’on vous répondra.

A ces mots il se ût une telle huée (2)

Que le pauvre écourté (3) ne put être entendu.

Prétendre ôter la queue eût été temps perdu :

La mode eu fut continuée.

( Voyez Esope , Fable VII. )

( 1 ) Il ne daigne jfcs appeler la chose par son nom , tant elle lui paroît méprisable. Dit-il rime à l'oreille avec inutile. C'est un vers léonin.

(*) Cri. de dérision. i

(3) Sans quenc.

FABLE VI

La Vieille et les deux Servantes.

Tl étoit une vieille ayant deux chambrières (4):

Elles filoientAtt^^que lcsA|^Mj^ndières (5)

Ne fjUfflitfi^^^^^iiller 4(^|p9BM es ~ (; i-

de plu^lKsan^ouci ^

aux servantes leur lâche. v, f'

(6) chassoit Pliébus aux crins dorés (7) , entroient en jeu , fuseaux étoient tirés.

itcs te personnes de condition médiocre, trois irques , Clotlio , Lacliésis et Alropos, occupées à filer la vie des hjmmcs.

(6) Déesse de la mer et la mer même. Les poètes supposent que le soleil , qu’ils nomment I’hcbus , se couche dans la mer uAis les soirs , et et. sort tous les matins.

( 7 ) C'est-à-diifc n lever du soleil. "

( 8 ) Petits tours qui servent à dévider le fil.

Deçà , delà , vous en aurez :

Point de cesse , poiut de relâche :

Dès que l’Aurore , dis-je , en son char remonloit ,

Un misérable coq à point nommé chantoit.

Aussitôt notre vieille , encor plus misérable ,

S’aiïubloit d’un jupon crasseux et détestable ,

Allumoit une lampe , et couroit droit au lit ,

Où , de tout leur pouvoir , de tout leur appétit , Dormoient les deux pauvres servantes.

L’une entr’ouvroit un œil , l’autre étendoit un bras (i) ;

Et toutes deux , très-mal contentes ,

Disoient entre leurs deuts : Maudit coq ! tu mourras. Comme elles l'avoient dit, la bêle fut grippée:

Le réveille-matin (2) eut la gorge coupée.

Ce meurtre n’amenda nullement leur marché ;

Notre couple , au contraire , à peine étoit couché Que la viedle , craignant de laisser passer l'heure, Couroit comme un lutin ( 3 ) par toute sa demeure.

C’est ainsi que , le plus souvent ,

Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire. On s’enfonce encor plus avant :

Témoin ce couple et son salaire.

La vieille , au lieu du coq , les fit tomber par là De Charybde eu Scylla (4).

( Voyez Esope , Fable LXX.IX. )

(j) J1 est inutile d’insist er spr la perfection d 1 fable entière est un dfjtfjHj^re où 1 ’e^ÉH

La

mirer

( 2 ) Comme le coq cba

cette peinture “ Buve qu’à ad-

, , m ient au ,

taine lui donne fort à propos le nom de montre qui sonne pendant un espace de temps, poî précisément à l’heure sur laquelle ou a mis l’aiguille chant.

(3) Lo peuple appelle ainsi ce qu’on appelle autrei:

(4) Doux écueils situés dans le détroit qui sépare u

Sicile. L’un , funeste aux vaisseaux qui s’approchoient de trop pris des côtes de l’Italie , se nouunoit Scella; et l’autre, gouffre horrible en Sicile, vis-à-vis de Scyila, se uomiuoit Cbarybde. 11 arrivojt souvent qu’ou donuoit contre l’un de ccs écueils en voulant é^ter 1 autre s ce qui a donné lieu au proverbe > Tomber de Charjbde en Scj Ua.

rèseill

DE LÀ FONTAINE. LlV. V

FABLE VII

Le Satyre et le Passant.

Au fond d’un antre sauvage ,

Ün satyre (i) et ses enfans Alloient manger leur potage Et prendre l’écuelle aux dents.

On les eût vus sur la mousse ,

Lui , femme et maint petit :

Ils nWoient tapis, ni housse ( 2 ),

Mais tous fort bon appétit.

Pour se sauver de la pluie ,

Entre un passant morfondu.

Au brouet on le convie ,

Il n'étoit pas attendu.

Son hôte n’eut pas la peine De le semondre (3) deux fois.

, D’abord avec son haleine, .

Il se réchauffe les doigts.

Puis sur les mets qu’on lui donne ,

Délicat, il souffle aussi.

Le satyre s’en étonne :

Notre hÿe ! à quoi bon ceci ?

L’un refroidit mon potage,

L’autre réchauffe ma main.

Vous pouvez, dit le sauvage, ,

Reprendre votre chemin :

Ne plaise aux Dieux que je couche Avec vous sous même toit !

( 1 ) Sorto de demi-dieu qui , selon la Fable , liabitoit les bois , et étoit moitié homme, motié bouc.

(a) Housse se prend ici pour certaines étoffes légères dont on se sert pour couvrir les meubles de pria.

(3) Inviter avec instance. 11 no nous reste que semonce, don ''acception a changé.

Il 4 FABLES CHOISIES t

Arrière ceux dont la bouche Souffle le chaud et le froid (i)J ( Voy. Esope, Fable CXXVI.)

(i) Qui disent d’une même personne, d’un mêA fait, le pour et le contre.

FABLE VIII

Le Cheval et le Loup.

Uir certain loup , dans la saison f Que les tièdes zéphirs ont l’herbe rajeunie (2) ,

Et que les animaux quittent tous la maison Pour s’en aller chercher leur vie ( 3 ) ;

Un loup , dis-je, au sortir des rigueurs de l’hiver, Aperçut un cheval qu’on avoit mis au vert (4).

Je laisse à penser quelle joie.

Bonne chasse , dit-il , qui l’auroit à son croc !

Eh ! que u’es-tu mouton ! car tu me serois hoc ( 5 ) ; Au lieu qu’il faut ruser pour avoir cette proie. Rusons donc. Ainsi dit , il vient à pas comptes ,

Se dit écolier d’Hippocrate (6) ; ,

Qu’il connoît les vertus et les propriétés De tous les simples de ces prés (7) ;

Qu’il sait guérir , sans qu’il se flatte ,

Toutes sortes de maux. Si don (8) coursifer vouloit

( 2 ) Ont l’herbe rajeunie pour rajeuni l’herbe ; vieux tour qui n’csl plus français.

(31 Périphrase pour dire au printemps.

S 41 Dans un pre pour y paître.

5) Tu serois à moi , par allusion à une sorte de jeu de cartes i|u on nomme le hoc , où l’on dit hoc en jetant sur le- tapis certaines cartes qui font gagner ceux qui les jouent.

(61 Le plus fameux médecin de l'antiquité.

( 7 ) Prés ne rime pas avec propriétés. Simples , nom général des , plantes médicinales.

( 8 ) Titre d’honneur qui vient éUl latin dominas. Les égards affectés du loup pour le cheval sont d’une adresf admirable. C’es .1 bien là le langage d'un charlatan.

DE LA FONTAINE. L1V. V. t 1 5

Ne point celer sa maladie.

Lui loup (i) gratis le guériroit :

Car le voir en cette prairie Paitre ainsi sans être lie ,

Témoiguoit quelque mal , selcyi la médecine.

J’ai , dit la bête chevaline ,

Un apostume sous le pié.

Mon fils , dit le docteur , il n'est point de partie Susceptible de tant de maux.

J'ai l’houneur de servir nosseigneurs les chevaux (2)

Et fais aussi la chirurgie.

Mon galant ne songeoit qu’à bien prendre son temps , Afin de happer son malade.

L’autre , qui s’en doutoit , lui lâche une ruade ,

Qui vous lui met en marmelade Les mandibules (3) et les dents.

C’est bien fait , dit le loup en soi-même , fort triste ; Chacun à son métier doit toujours s’attacher.

Tu veux faire ici l’herboriste (4) ,

Et ne fus jamais que boucher.

,( 1 ) Formule de charlatan.

( 2 ) Nosseigneurs les chevaux . est encore an trait excellent. t,c loup a cherché habilement tons les cdtés par lesquels le cheval peu» se laisser séduire. La crédulité, l’intérêt, la sensibilité même, mais il pense que la vanité mérite qu’on y revienne à deux fois.

(3) Les mâchoires.

(4) Qui s'applique à la connoissance des plantes.

FABLE IX

Le Laboureur et ses Enfa

T r àv aili.ez , prenez de la peine :

C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur sentant sa mort prochaine , Fit venir ses enfans, leur parla sans témoins: Gardez-vous , leur dit-il, de vendre l'héritage Que nous ont laissé nos parens :

Il6 FABLES CHOISIES

Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage Vous le fera trouver ; vous en viendrez à bout. Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’août (x) Creusez , fouillez , bêchez , ne laissez nulle place Où la main ne passe et repasse.

Le père mort , les fils vous retournent le champ , Deçà , delà , partout ; si bien qu’au bout de l’an • Il en rapporta davantage.

D’argent , point de caché. Mais le père fut sage De leur montrer,- avant sa mort,

Que le travail est un trésor.

( Voyez Esope , Fable XXII. )

(i) Le temps de la récolte.

FABLE X

La Montagne qui accouche.

U nk montagne en mal d’enfant Jetoit une clameur si naute Que chacun au bruit accourant ,

Crut qu’elle accoucheroit sans saute D’une cité plus grosse que Paris :

Elle accoucha d’une souris.

Quand je songe à cette fable Dont le récit est menteur (a)

Et le sens est véritable ,

Je me figure un auteur Qui dit : Je chanterai la guerre

(a) Dont !» récit est menteur. C'est ce qu’on peut dire de toute» le* Fables. Mais le poète convient ici franchement que ce récit e*t menteur , pour tiire plus facilement illusion h ses lecteurs , quand il prêtera de l’authenticité à des récits qui, «ans être plus vrai* , seront plus vraisemblables.

DE 11 FOHTAINE. LIV. V.

Que firent les Titans (i) au maître du tonnerre;

C’est promettre beaucoup : mais qu’en sort- il souvent ? Du vent (a).

( Voyez Phèdre, liv. 4 , Fable XIX.)

( 1 ) Les géant, enfant de Titan , tentèrent d'escalader le ciel en entassant plusieurs montagnes les unes sur les autres; mais Jupiter les foudroya.

(a) Du vent. Ce petit vers est excellent, en ce qu'il exprime bien , par sa rapidité , le peu de valeur d’un mauvais écrit publié avec prétention. Horace a dit : Parturient montes , nascetur ridiculus mus ( Art. poét. , v. i 39 ). Boileau traduit : La montagne en travail enfante une souris. La pensée est conservée, mais l'image a disparu.

FABLE XI

La Fortune et le jeune Enfant.

Sun le bord d’un puits très-profond, Dormoit , étendu de son long ,

Un enfant alors dans ses classes :

Tout est aux écoliers couchette et matelas (3). Un honnête homme , en pareil cas ,

Auroit fait un saut de vingt brasses.

Près de là tout heureusement La Fortune passa , l’éveilla doucement ,

Lui disant : Mon mignon , je vous sauve la vie : Soyer une autre fois plus sage , je vous prie.

Si vous fussiez tombé , l’on s’en fût pris à moi. Cependant c’étoit votre faute.

Je vous demande , en bonne foi ,

Si cette imprudence si haute Provient de mon caprice. Elle part à ces mots.

(3) Pensée fort simple , mais exprimée avec tant de vérité qu’elle est presque devenue proverbe.

Il8 FABLES CHOISIES

Pour moi , j’approuve son propos.

Il n’arrive rien dans le moude Qu’il ne faille qu’elle en réponde :

Nous la faisons de tous écots(i) ;

Elle est prise à garant de toutes aventures.

Est-on sot , étourdi , prend-on mal ses mesures , On pense en être quitte en accusant son sort : Bref, la Fortune a toujours tort.

( Voyez Esope, Fable LXXXH.

(i) L’écot est la part que chacun doit payer pour un repas commun. Nous la faisons de tous ecots ; c’est-à-dire que, quand nous faisons une faute, nous en mettons la meilleure partie sur le compte de la Fortune.

FABLE XII

Les Médecins.

Le médecin Tant-Pis ( 2 ) alloit voir un malade Que visitoit aussi son confrère Tant-Mieux (3). >

(le dernier espéroit , quoique son camarade Soutint que le gisant ( 4 ) iroit voir ses aïeux.

Tous deux s’étant trouvés différens pour la cure ,

Leur malade paya le tribut à nature (5) ,

Après qu’en ses conseils Tant-Pis eut été cru.

Ils triormphoient encor sur cette maladie.

L’un disoit : Il est mort , je Pavois bien prévu.

S’il m’eût cru , disoit l’autre , il serait plein de vie.

( Voyez Esope , Fable XXXI. )

(î) (3) Médecins d'un caractère opposé. I.’un fai soit toujours des pronostics funestes; l'autre, des pronostics heureux.

(4) Le malade qui étoit au lit, de jacens.

(5) Mourut.

Cette fable est moins un apologue qu’une épigramme ; comme telle , elle est même parfaite.

FABLE XIII

La Poule aux œufs et or.

IjV varice perd tout en voulant tout gagner (r).

Je ne veux , pour le témoigner ,

Que celui dont la poule, à ce que dit la Fablef Pondoit tous les jours un œuf d’or.

Il crut que dans son corps elle avoit un trésor :

Il la tua , l'ouvrit , et la trouva semblable A celles dont les œufs ne lui rapportoieut rien , S’étant lui-mêmê ôté le plus beau de son bien Belles leçon pour les gens chiches (a) !

Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus Qui du matin au soir sont pauvres devenus Pour vouloir trop tôt être riches 1 ( Voyez Esope , Fanle CXXXVI. )

(1) Pensée remarquable et parfaitement exprimée.

(a; Ceux qui ont de la peine à dépenser ce qu’il faudrait.

FABLE XIV

V Ane portant des Reliques.

' a baudet chargé de reliques (3) S’imagina qu’on l’adoroit;

Dans ce penser il se carroit,

Recevant comme siens l’encens et les cantiques. Quelqu’un vit l'erreur, et hii dit:

Maître baudet, ôtez-vous de l’esprit

(3) La Fontaine est tombé ici dans une petite méprise. Relique* *st pris communément pour quelques restes des saints qu’on exposa à la vénération des tidéUs U n’a jamais pi se confondre avec idole qui va lui être substitué

Une vanité si folle :

Ce n’est pas vous , c’est l’idole ,

A qui cet honneur se rend,

Et que la gloire en est due (i).

D’un magistrat ignorant C’est la robe qu'on salue (2).

(1) Construction vicieuse 4 il falloit 1 Ce n'est pas à ro-is , c'est à l'idole que , etc ; on bien : Ceit Cldole à qui cet honneur te rend . el à qui la gloire en est due.

fi) Proverbe.

FABLE XV

Le Cerf et la Vigne.

Un cerf, à la faveur d’une vigne fort haute ,

Et telle qu’on en voit en de certains climats ,

S’étant mis à couvert et sauvé du trépas ,

Les veneurs ( 3 ) pour ce coup croyoient leurs 'chiens en faute (4).

Ils les rappellent donc. Le cerf, hors de danger ,

Broute sa bienfaitrice ( 5 ) : ingratitude extrême !

On l’entend ; on retourne , on le fait déloger :

Il vient mourir en ce lieu même.

J’ai mérité, dit-il , ce juste châtiment ;

Profitez-en , ingrats. Il tombe en ce moment.

La meute en fait curée (6) : il lui fut inutile De pleurer aux veneurs à sa mort arrivés (7).

Vraie image de ceux qui profanent l’asile Qui les a conserves.

( Voyez Esope , Fable LXV. )

( 3 ) Ceux qni sont charges de faire chasser les chiens courant.

( 4 ) Croyoient qa’ils avaient perdu la piste de la bête.

( 5 ) La vigne qui lui a voit servi de retraite.

^6) Pâture qu’on donne aux chiens de chasse, en l«.yr faisant tuanger la bête qu'ils ont prise.

(7) Image touchante que l’auteur a einjiloyée plus d’une f#i».

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