‹ Fables choisies de La FontaineChapitre 30 sur 68 · DS LA F0OTA1MK. L1T. V · texte numérisé non relu

DS LA F0OTA1MK. L1T. V

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FABLE XYI.

Le Serpent et la Lime.

Ow conte (il qu’un serpent , voisin d’un horloger (Cétoit pour l’horloger un mauvais voisinage) (a) ,

Entra dans sa boutique , et cherchant à manger ,

N’y rencontra peur tout potage Qu’une lime d'acier qu’il se mit à ronger.

Cette lime lui dit, sans se mettre en colère (3):

Pauvre ignoraut ! eh ! que prétends-tu faire ?

Tu te prends h plus dur que toi ,

Petit serpent à tête folle. •

Plutôt que d’emporter de moi Seulement le quart d’uue obole ,

Tu te romprois toutes les dents.

Je ne crains que celles du temps.

Ceci s’adresse à vous , esprits du dernier ordre ,

Qui , n’étant bons à rien , cherchez sur tout à mordre.

Vous vous tourmentez vainement.

Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages Sur tant de beaux ouvrages ?

Us sont pour vous d’airain , d’acier , de diamant (4).

( Voy. Esope , Fable LXXXI ; et Phèdre, liv. 4 , F. VI. )

(1) On conte est une précaution trés-beurense que La Fontaine prend volontiers quaud son sujet sort un peu de la vraisemblance requise dans l'Apologue.

(a) Trait agréable et naïf.

( 3 ) C'est une circonstance fort bien trouvée. Le serpent qui vent ronger la lime ne mérite pas ce sentiment.

(4) Ces six derniers vers sont pleins de force et de noblesse

FABLE XVII

Le Lièvre et la Perdrix.

1 1 ne se faut jamais moquer des misérables r Car qui peut s’assurer d’être toujours heureux ?

Le sage Esope , dans ses Fables ,

Nous en donne un exemple ou deux.

Celui qu’en ces vers je propose ,

Et les siens , ce sont même chose.

Le lièvre et la perdrix , concitoyens d’un champ , "Vivoient dans un état , ce semble, assess tranquille;

Quand une meute (i) s’approchant Oblige le premier à chercher un asile :

Il s’enfuit dans son fort , met les chiens en défaut ,

Sans même en excepter Brifaut (2).

Enfin il se trahit lui-même Par les esprits (3) sortant de son corps échauffé.

Miraut (4) , sur leur odeur ayant philosophé ,

Conclut que c’est son lièvre, et, d’une ardeur extrême.

Il le pousse ; et Rustaut (5) , qui n’a jamais menti ,

Dit que le lièvre est reparti.

Le pauvre malheureux vient mourir à son gîte.

La perdrix le raille , et lui dit :

Tu le vantois d’ètre si vite :

Qu’as-tu fait de tes pieds? Au moment qu’elle rit f Son tour vicut , on la trouve. Elle croit que ses ailes La sauront garantir à toute extrémité;

Mais la pauvrette avoit compté Sans l’autour (6) aux serres (7) cruelles.

( Voyez Phèdre, liv. r, Fable IX.)

(1) Nombre de chien* courans dressés ponr la chasse du lièvre, du cerf, du loup, etc.

(2) (4) (5] Noms de chiens de chasse.

(3) L’odeur que répand' une bête poursuivie {6) Oiseau de proie.

(7) Tieds des oiseaux de proie.

FABLE XVIIÏ.

L’Aigle et le Hibou.

L’aigle et le chat-huant leurs querelles cessèrent ,

Et firent tant qu’ils s’embrassèrent.

L’un jura foi de roi , l’autre foi de hibou ,

Qu'ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou (i). Connoissez-vous les miens, dit l’oiseau de Minerve ( 2 ) ? Non , dit l'aigle. Tant pis , reprit le triste oiseau :

Je crains en ce cas pour leur peau;

C’est hasard si je les conserve.

Comme vous êtes roi , vous ne considérez Qui ni quoi : rois et dieux mettent , quoi qu’on leur die , Tout en même catégorie.

Adieu mes nourrissons , si vous les rencontrez. Peignez-les-moi , dit l'aigle, ou bien me les montrez;

Je n'y toucherai de ma vie.

Le hibou repartit : Mes petits sont mignons ,

Beaux , bien faits et jolis sur tous leurs compagnons :

Vous les reconnoîtrez sans peine à cette marque.

N’allez pas l’oublier: retenez-la si bien,

Que chez moi la maudite parque (3)

N’entre point par votre moyen.

Il avint qu’au hibou Dieu donna géniture;

De façon qu’un beau soir qu’il étoit en pâture.

Notre aigle aperçut d’aventure ,

Dans les coins d'une roche dure.

Ou dans les trous d’une masure (Je ne sais pas lequel des deux) ,

De petits monstres fort hideux ,

Rechignes ( 4 ) , un air triste , une voix de Mégère (5).

( 1 ) Peu ni beaucoup; il est vieux , et n’est usité qu’en cette manière de parler.

( 2 ) Le hibou.

(A) Atropos , qui coupe le fil de la vie des hommes.

'4) Laids et de mauvaise mine.

(5) L'une des trois Furies.

Ces enfans ne sont pas , dit-elle , à notre ami : Croquons-Ies. Le galant n'en fit pas à demi.

Ses repas ne sont point repas à la légère.

Le hibou de retour ne trouve que les piés De ses chers nourrissons * hélas î pour toute chose Il se plaint ; et les dieux sont par lui suppliés De punir le brigand qui de son deuil est cause. Quelqu’un lui dit alors : N’en accuse que toi.

Ou plutôt la commuue loi

Qui veut qu'on trouve son semblable

Beau , bien fait et 'sur tous aimable.

Tu fis de tes enfans à l’aigle ce portrait :

En avoient-ils le moindre trait ?

FABLE XIX

Le Lion s’en allant en guerre.

Le lion dans sa tête avoit une entreprise :

11 tint conseil de guerre , énvoya ses prévôts ,

Fit avertir les animaux. P

Tous furent du dessein , chacun selon sa guise : L’éléphant devoit sur son dos Porter l’attirail nécessaire ,

Et combattre à son ordinaire ;

L’ours , s’apprêter pour les assauts ;

Lerenard , ménager de secrètes pratiques (i) ,

Et le singe , amuser l’ennemi par ses tours.

Renvoyez , dit quelqu’un , les ânes qui sont lourds ,

Et les lièvres , sujets à des terreurs paniques.

Point du tout , dit le roi ; je les veux employer.

Notre troupe sans eux ne seroit pas complette.

L ane effraira les gens, nous servant de trompette ,

Et le lièvre pourra nous servir de courrier.

Le monarque prudent et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage ,

(0 Menées et intelligences avec «les personnes d'un parti contraire

El oonnoît les divers talens.

U n’est rien d’inutile aux personnes de sens (i).

(*X .Excellent apologue. Affabulation très-bien exprimée.

FABLE XX

L’Ours et les deux Compagnons.

Dkdx compagnons , pressés d’argent ,

A leur voisin fourreur vendirent La peau d’un ours encor vivant, ■■■

Mais qu’ils tueroient bientôt (2), du moins à ce qu’ils dirent. Ç’étoit le Api des ours : au compte de ces gens ,

Le marchîmd à sa peau devoit faire fortune ;

Elle garantiroit des froids les plus cuisans ,

On en pourroit fourrer plutôt deux robes qu’une ( 3 ). Dindeneaut (4) prisoit moins ses moutons qu’eux leur ours, Leur à leur compte , et non à celui de la bête.

S offrant de la livrer au plus tard dans deux jours ,

Ils conviennent de prix , et se mettent en quête ,

Trouvent l’ours qui s’avance , et vient vers eux au (rot. 0 Toilà mes gens frappés comme d’uiAup de foudre.

Le marché ne tint pas , il fallut le Woudre ( 5 ).

D’intérêt contre l’ours on n’en dit lis un mot (6).

L’un des deux compagnons grimp#au faite d’un arbre (7) ;

(j) Ce n’est pas qu’ils dévoient luÀ - , mais qu’ils tueroient. I.a ehose est si facile qu'elle ne peut même laisser un cloute.

(3) Toutes ces circonstances, qui, peignent les exagérations dont omise dans le commerce, doivent Railleurs augmenter la confiance de l'acheteur.

f4) Marchand de moutons Panurge , et mis à trop haut porte plaisamment Rabelais.

(5) Le rompre.

, (6) Quant à la peine et à

pédi'ion contre I ours, on ne lui eu dit pas nu mot pour en oble- \ uir le dédommagement.

(t) L’usage a établi quelques nuances entre ce mot et scs analogue». On dit la cime d’un arbre , le lommet d'une montagne, le faite d’un édifice.

la ot-Dt

sé^Feroent puni pour avoir insuhé piy/a marchandise , comme le rap-

nense au'avoit omîlpp.s rati. n.

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