‹ Fables choisies de La FontaineChapitre 35 sur 68 · DE MONTESPAN · texte numérisé non relu

DE MONTESPAN

L’AroT.oatiR est un don qui vient des immortels : *

Ou si c’est un présent des hommes,

Quiconque nous l’a lait mérite des autels:

Nous devons tous, tant que nous sommes,

Eriger en divinité

Le sage par qui fut ce bel art inventé.

C’est proprement un charme: il rend l’âme attentive ,

Ou plutôt il la tient captive,

Nous attachant à des récits Qui mènent à son gré les cœurs et les esprits.

O vous qui l'imitez. Olympe, si ma muse A quelquefois pris place à la table des dieux ,

Sur ces dons aujourd’hui daignez porter les yeux ; Favorisez les jeux où mon esprit s’amuse.

Le temps qui détruit tout , respectant votre appui ,

Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage :

Tout auteur qui voudra vivre encore après lui Doit s’acquérir votre suffrage.

C’est de vous que mes vers attendent tout leur prix ;

Il n’est beauté dans nos écrits Dont vous ne commissiez jusques aux moindres traces : Eh ! qui connoît cpie vous les beautés et les grâces ? Paroles et regards , tout est charme dans vous.

Ma muse , en un sujet si doux ,

Voudrait s’étendre davantage:

Mais il faut réserver à d’autres cet emploi ;

Et d’un plus grand maître que moi Votre louange est le partage.

Olympe , c’est assez qu’à mon demies ouvrage

Votre nom serve un jour de rempart et d’abri ; Protégez désormais le livre favori i'ar qui j’ose espérer une seconde vie :

Sous vos seuls auspices ces vers Seront jugés , malgré l’envie,

Digues des yeux de l’univers.

‘ Je ne mérite pas une faveur si grande;

, La Fable en son nom la demande :

Vous savez quel crédit ce~mensonge a sur nous. S’il procure à mes vers le bonheur de vous plaire , Je croirai lui devoir un temple pour salaire :

Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.

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