LE DUC DE BOURGOGNE
Monseigneur ,
Je ne puis employer, pour mes Fables, de protection qui me soit plus glorieuse que la vôtre. Ce goût exquis et ce jugement si solide que vous faites paroître dans toutes
(i) Prince accompli , petit-fils de Louis XIV. Il mourut Agé de 3o ans , le i3 février 171* , emportant les regrets de toute la ' France. II laissa un fila qui succéda à Louis-le-Grand , et régna sous le nom de Louis XV.
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choses au delà d’un âge où à peine des autres princes sont-ils touchés de ce qui les environne avec le plus d’éclat ; tout cela , joint au devoir de vous obéir et à la passion de vous plaire , m’a obligé de vous présenter un ouvrage dont l’original a été l’admiration de tous les siècles , aussi-bien que celle de tous les sages. Vous m’avez même ordonné de continuer; et , si vous me permettez de le dire, il y a des sujets dont je vous suis redevable , et où vous avez jeté des grâces qui ont été admirées de tout le monde. Nous n’avons plus besoin de consulter ni Apollon, ni les Muses, ni aucune des divinités du Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présens que vous a faits la nature, et dans cette science de bien juger les ouvrages de l’esprit, à quoi vous joignez d^jà celle de connoître toutes les règles qui y conviennent. Les Fables d’Esope sont une ample matière pour ces talens ; elles embrassent toutes sortes d’évéuemens et de caractères. Ces mensonges sont proprement une matière d’histoire où on ne flatte personne. Ce ne sont pas choses de peu d’importance que ces sujets : les animaux sont les précepteurs des hommes dans mon ouvrage. Je ne m’étendrai pas davantage là-dessus : vous voyez mieux que
▲ MGR. LE DUC DE BOURGOGNE. 3o5 moi le profit qu’on en peut tirer. Si vous vous connoissez maintenant en orateurs et en poètes , vous vous connoîtrcz encore mieux quelque jour en bons politiques et en généraux d’armée, et vous vous tromperez aussi peu au choix des personnes qu’au mérite des actions. Je ne suis pas d’un âge à espérer d’en être témoin. Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L’envie de vous plaire me tiendra lieu d’une imagination que les ans ont affoiblic : quand vous souhaiterez quelque fable, je la trouverai dans ce fonds-là. Je voudrois bien que vous y pussiez trouver des louanges dignes du Monarque qui fait maintenant le destin de tant de peuples et de nations , et qui rend toutes les parties du monde attentives à ses conquêtes , à ses victoires et à la paix qui semble se rapprocher, et dont il impose les conditions avec toute la modération que peuvent souhaiter nos ennemis. Je me le figure comme un conquérant qui veut met tre des bornes à sa gloire et à sa puissance , et de qui on pourroit dire, à meilleur titre qu’on ne l’a dit d’Alexandre, qu’il va tenir les Etats de l’univers, en obligeant les ministres de tant de princes de s’assembler pour terminer une guerre qui ne peut être que ruineuse à leurs maîtres. Ce sont des sujets
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au-dessus de nos paroles : je les laisse à de meilleures plumes que la mienne , et suis avec un profond respect,
AloN.sEiCRF.rn ,
Vo're très-humble , très-obéissant et très-fidèle serviteur,
i Dk La Fohtaixe.