PRÉFACE. XIX
tûmes , lorsque je ne pouvois les mettre en usage sans leur faire tort. Du temps d’JEsope la Fable étoit contée simplement; la moralité séparée , et toujours ensuite. Phèdre est venu , qui ne s’est pas assujetti à cet ordre, il embellit la narration , et transporte quelquefois la moralité de la fin au commencement. Quand il seroit nécessaire de lui trouver place , je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n’est pas moins important : c’est Horace qui nous le donne.
Cet auteur ne veut pas qu’un écrivain s’opiniâtre contre l’incapacité de son esprit , ni contre celle de sa matière. Jamais, à ce qu’il prétend , un homme qui veut réussir n’en vient jusque là; il abandonne les choses dont il voit qu’il ne sauroit rien faire de bon :
Et quæ
Despcrat traclata nitescere possc renaquit.
C’est ce que j'ai fait à l’égard de quelques moralités du succès desquelles je n’ai pas bien espéré.
Il ne reste plus qu’à parler de la vie d’Esope. Je ne vois presque personne qui ne tienne pour fabuleuse celle que Planude nous a laissée. On s’imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un caractère et des aventures qui répondissent à ses Fables.
Cela m’a paru d’abord spécieux ; mais j’ai trouvé à la fin peu de certitude en cette critique. Elle est en partie fondée sur ce qui se