‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 15 sur 98 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

FA BE E-VTEL Les VAUTOURS ET LES PIGEONS.

Mars autrefois mit tout l’air en émûte.

Certain fujet fit naître la difpute

Chez les oifeaux, non ceux que le printemps Méne à fa cour, & qui fous la feuillée,

Par leur exemple & leurs fons. éclatans,

Font que Vénus eft en nous réveillée ;

Ni ceux encor que la mere d'Amour

Met à fon char: mais le peuple Vautour

Au bec retors, à la tranchante ferre.

Pour un chien mort fe fit, dit-on, la guerre, Il plut du fang: je n'exagere point.

Si je voulois conter de point en point.

Tout le détail, je manquerois d’haleine.

Maint chef périt, maint héros expira;

Et fur fon roc Prométhée efpéra

De voir bientôt une fin à fa peine.

C'étoit plaifir d’obferver leurs efforts;

C'étoit pitié de voir tomber les morts.

Valeur, adreffe, & rufes, & furprifes, Tout s'employa. Les deux troupes éprifes D'ardent courroux, n’épargnoient nuls moyens De peupler l'air que refpirent les ombres :

Tout élément remplit de citoyens …

Le vafte enclos qu’ont les royaumes fombres.

Cette fureur mit la compañfion

Dans les efprits d’une autre nation

Au col changeant, au cœur tendre & fidéle :

Elle employa fa médiation |

Pour accorder une telle querelle.

Ambaffadeurs par le peuple Pigeon

Furent choïfis; & fi bien travaillerent, Que les Vautours plus ne fe chamaillérent.

Ils firent tréve; & la paix s’enfuivit.

Hélas ! ce fut aux ‘dépens de la race

À qui la leur auroit dû rendre grace.

La gent maudite aufli-tôt pourfuivit

Tous les Pigeons , en ft ample carnage , En dépeupla les bourgades , les champs.

Peu de prudence eurent les pauvres gens, D'accommoder un peuple fi fauvage.

Tenez toujours divifés les méchans ;

La füreté du refte de la terre

Dépend de 1à: femez entre eux {a guerre, Ou vous n'aurez avec eux nulle paix.

Ceci foit dit en pañlant: je me tais.

(Fable cxxx11.)

Che

NU

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