‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 23 sur 98 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

Ni climats, ni deftins meilleurs. »

Contentez-vous; fuivez votre humeur inquiéte : Vous reviendrez bientôt. Je fais vœu cependant

De dormir en vous attendant.

L'ambitieux, ou, fi l’on veut, l’avare,

S'en va par voie & par chemin.

Il arriva le lendemain En un lieu que devoit la Déeffe bizarre Fréquenter fur tout autre; & ce lieu, c’eft la cour. Là donc, pour quelque temps, il fixe fon féjour, Se trouvant au coucher, au lever, à ces heures

Que l’on fçait être les meilleures, Bref fe trouvant à tout, & narrivant à rien.

Qu'eft-ceci? fe dit-il: cherchons aïlleurs du bien: La Fortune pourtant habite ces demeures.

Je la vois tous les jours entrer chez celui-ci, | Chez celui-là: d’où vient qu aufli Je ne puis héberger cette capricieufe ?

On me l'avoit bien dit, que des gens de ce lieu L'on n'aime pas toujours l'humeur ambitieufe. Adieu, mefleurs de cour, meflieurs de cour, adieu. Suivez jufques au bout une ombre qui vous flatte, La Fortune a, dit-on, des temples à Surate:

Allons-là. Ce fut un de dire & s “embarquer.

Ames de bronze, humains, celui-[à fut fans doute Armé de diamant, qui tenta cette route, Et le premier ofa l’abyfme défier.

Celui-ci, pendant fon voyage,

Tourna les yeux vers fon village

Plus d’une. fois ; efuyant les dangers

Des pirates, des vents, du calme & des rochers, Miniftres de la mort. Avec beaucoup de peines On s'en va la chercher en des rives lointaines, La trouvant affez tôt fans quitter la maifon.

L'homme arrive au Mogol: on lui dit qu'au Japon Tome IIF

La Fortune pour lors diftribuoit fes graces.

Il y court: les mers étoient laffes

De le porter; & tout le fruit

Qu'il tira de fes longs voyages, Ce fut cette leçoñ que donnent les fauvages : Demeure en ton pays, par la nature inftruit.

Le Japon ne fut pas plus heureux à cet homme

Que le Mogol lavoit été:

Ce qui lui fit conclure en fomme, Qu'il avoit à grand tort fon village quitté.

Il renonce aux courfes ingrates , Revient en fon pays, voit de loin fes pénates, | Pleure de joie, & dit: heureux qui vit chez foi, De régler fes défirs faifant tout fon emploi.

Il ne fçait que par oui-dire :

Ce que c'eft que la cour, la mer, & ton empire » Fortune, qui nous fais pafler devant les yeux Des dignités, des biens, que jufqu’au bout du monde On fuit, fans que l'effet aux promefles réponde. Délormais je ne bouge, & ferai cent fois mieux.

En raifonnant de cette {orte, Et contre la Fortune ayant pris ce confeil,

IL la trouve affife à Ia porte

De fon ami plongé dans un profond fommeil. .

(Fable cxxx VI.)

on

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