LIVRE HUITIEME
-ENXBEE.X,
L'OurS ET L'AMATEUR DES JARDINS.
Certain Ours montagnard, Ours à demi léché, Confiné par le fort dans un bois folitaire, Nouveau Bellerophon, vivoit feul & caché:
Il fut devenu fou: la raifon d'ordinaire
N'habite pas long-temps chez les gens fequeftrés:
Il eft bon de parler, & meilleur de fe taire,
Mais tous deux font mauvais alors qu'ils font outrés.
Nul animal n'avoit affaire |
Dans les lieux que l’Ours habitoit;
Si bien, que tout Ours quil étoit,
Il vint à s’ennuyer de cette trifte vie.
Pendant qu’il fe livroit à la mélancolie,
Non loin de là certain Vieillard
S’ennuyoit aufhi de fa part.
Il aimoit les jardins, étoit Prêtre de Flore,
Il l’étoit de Pomone encore:
Ces deux emplois font beaux: mais je voudrois parmi, .
Quelque doux & difcret ami.
Les jardins parlent peu, fi ce n’eft dans mon livre: De façon que laflé de vivre
Avec des gens muets, notre homme un beau matin
Va chercher compagnie, & fe met en campagne.
L'Ours porté d’un même deflein,
Venoit de quitter fa montagne:
Tous deux, par un cas furprenant,
Se rencontrent en un tournant. | L'Homme eut peur: mais comment efquiver, & que faire? Se tirer en gafcon d’une femblable affaire | Eft le mieux : il fçut donc diflimuler fa peur.
L'Ours, très-mauvais complimenteur,