Tome III. R
Lui dit: viens-t-en me voir. L'autre reprit, Seigneur, Vous voyez mon logis; fi vous vouliez me faire | Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, J'ai des fruits, j'ai du lait. Ce n’eft peut-être pas De noffeigneurs les Ours le manger ordinaire, Mais j'offre ce que j'ai. L'Ours l’accepte; & d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver.
Arrivés, les voilà, fe trouvant bien enfemble,
Et bien qu'on foit, à ce qu'il femble,
Beaucoup mieux feul qu'avec des fots. i Comme l'Ours en un jour ne difoit pas deux mots, | “ L'Homme pouvoit {ans bruit vaquer à fon ouvrage. L'Ours alloit à la chaffe, apportoit du gibier,
Faïloit fon principal métier D'être bon émoucheur > ÉCartoit du vifage De fon ami dormant, ce parafite aîlé
Que nous avons mouche appellé,
Un jour que fe Vieillard dormoit d’un profond fomme, Sur le bout de fon nez une allant fe placer, Mit l'Ours au défefpoir, il eut beau la chaffer. Je t'attraperai bien, dit-il. Et voici comme. Auffi-tôt fait que dit; le fidele émoucheur Vous empoigne un pavé, le lance avec roideur, Calle la tête à l'homme en écrafant la mouche, Et non moins bon archer que mauvais raifonneur, Roide mort étendu fur la place il le couche.
Rien neft fi dangereux qu'un ignorant ami:
Mieux vaudroit un fage ennemi.