‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 47 sur 98 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

LES DEUX AMIs.

Deux vrais Amis vivoient au Monomotapa ; L'un ne poflédoit rien qui n’appartint à l’autre:

Les Amis de ce pays-là

Valent bien, dit-on, ceux du nôtre.

Une nuit que chacun s’occupoit au fommeil, Et mettoit à profit l’abfence du foleil, Un de nos deux Amis fort du lit en alarme:

Il court chez fon intime, éveille les valets: Morphée avoit touché le feuil de ce palais.

L’Ami couché s'étonne, il prend fa bourfe, il sarme, Vient trouver l’autre, & dit: il vous arrive peu De courir quand on dort: vous me paroifhez homme À mieux ufer du temps deftiné pour le fomme:

N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu. En voici: sil vous eft venu quelque querelle, J'ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point De coucher toujours feul? une efclave affez belle Etoit à mes côtés, voulez-vous qu'on l'appelle Non, dit l'ami, ce n'eft ni l’un ni l'autre point:

Je vous rends grace de ce zele.

Vous m'êtes, en dormant, un peu trifte apparu: J'ai craint qu'il ne fût vrai, je fuis vite accouru.

Ce maudit fonge en eft la caufe.

Qui d’eux aimoit le mieux, que t'en femble, Lecteur? Cette difficulté vaut bien qu'on la propofe.

Qu'un ami véritable eft une douce chofe!

Il cherche vos befoins au fond de votre cœur: Il vous épargne la pudeur

EÉBLES CHOISMES.

De les lui découvrir vous-même.

Un fonge, un rien, tout lui fait peur Quand il s'agit de ce qu'il aime.

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( Fable cuit)

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