‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 48 sur 98 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

ABLE, IT

LE CocHON, LA CHEVRE ET LE MouUToN.

Une Chevre, un Mouton, avec un Cochon gras, Montés fur même char, s’en alloient à la foire: Leur divertiflement ne les y portoit pas; On s’en alloit les vendre, à ce que dit l’hiftoire:

Le Charton n'avoit pas deffein

De les mener voir Tabarin.

Dom Pourceau crioit en chemin, Comme s’il avoit eu cent bouchers à fes trouffes : C'étoit une clameur à rendre les gens fourds. Les autres animaux, créatures plus douces, Bonnes gens, s’étonnoient qu'il criât au fecours:

Ils ne voyoient nul mal à craindre.

Le Charton dit au Porc: qu'as-tu tant à te plaindre ? Tu nous étourdis tous, que ne te tiens-tu coi? Ces deux perfonnes-ci, plus honnêtes que toi, Devroient t'apprendre à vivre, ou du moins à te taire. Regarde ce Mouton, a-t-il dit un feul mot

Il eft fage. Il eft un fot,

Repartit le Cochon: s’il fçavoit fon affaire, IL crieroit comme moi du haut de fon gofier ;

Et cette autre perfonne honnête

Crieroit tout du haut de fa tête.

Ils penfent qu'on les veut feulement décharger, La Chevre de fon lait, le Mouton de fa laine.

Je ne fçais pas s'ils ont raïfon,

Mais quant à moi qui ne fuis bon

Qu'à manger, ma mort eft certaine:

Adieu mon toit & ma maïlon. | Dom Pourceau raifonnoit en fubtil perfonnage :

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