‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 49 sur 98 · PLIS APS TIAIIL LA · texte numérisé non relu

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LŒVRE HUITIEME. 71

ÉARÉEEXTIL.

LIRCIS:ET AMARANTE. :

Pour MADEMOISELLE DE SILLERY.

J'avois Éfope quitté,

Pour être tout à Bocace:

Mais une divinité

Veut revoir fur le parnafle Des fables de ma façon.

Or d’aller lui dire non,

Sans quelque valable excufe, Ce n’eft pas comme on en ufe Avec des divinités ;

Sur-tout quand ce font de celles Que la qualité de belles

Fait reines des volontés.

Car afin que l’on le fçache, C’eft Sillery qui s'attache

À vouloir que de nouveau, Sire Loup, fire Corbeau Chez moi fe parlent en rime.

Qui dit Sillery, dit tout:

Peu de gens en leur eftime Lui refufent le haut bout :

Comment le pourroit-on faire ?

Pour venir à notre affaire, Mes contes, à fon avis,

Sont obfcurs. Les beaux efprits ® N'entendent pas toute chofe :

Faifons donc quelques récits ; __ Qu'elle déchiffre fans glofe.

Amenons des bergers, & puis nous rimerons Ce que difent entr'eux les loups & les moutons.

72 FABLES CHOISPES.

Tircis difoit un jour à la jeune Amarante, Ah! fi vous connoifliez comme moi certain mal, Qui nous plaît & qui nous enchante!

Il n'eft bien fous le ciel qui vous parût égal : Souffrez qu’on vous le communique.

Croyez-moi, n'ayez point de peur:

Voudrois-je vous tromper, vous pour qui je me pique * Des plus doux fentimens que puifle avoir un cœur? Amarante aufli-tôt réplique :

À 771 DUT. Ce mot eft beau = lit . Le

À quoi je le Pourrai connoïtre; que fent-on?

Des peines près de qui le plaifir des monarques Eft ennuyeux & fade: on s’oublie, on fe plaît Toute feule en une forêt.

Se mire-t-on près d’un rivage ?

Ce neft pas foi qu'on voit, on ne voit qu’une image Qui fans cefle revient, & qui fuit en tous lieux : Pour tout Îe refte on eft fans yeux.

Il eft un berger du village Dont l'abord, dont la voix, dont le nom fait rougir: On foupire à fon fouvenir:

On ne fçait pas pourquoi, cependant on foupire: On a peur de le voir encor qu’on le defire.

Amarante dit à l'inftant, Oh" oh! c'eft là ce mal que vous me prêchez tant? Il ne m'eft pas nouveau; je penfe le connoître. Tircis à fon but croyoit être, Quand la Belle ajoûta: voilà tout juftement

Ce que je fens pour Clidamant.

L'autre penfa mourir de dépit & de honte.

Il eft force gens comme lui, Qui prétendent n’agir que pour leur propre compte, | Et qui font le marché d'autrui.

( Fable czr.)

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