LIVRE DOUZIEME
Ah ! finiflent mes jours pluftôt que de le voir! Eprouvons toutefois ce que peut fon devoir.
Des Mages aufli-tôt confultant la fcience,
D'un feint adolefcent il prend la reffemblance,
S'en va trouver Procris, éleve jufqu'aux cieux
Ses beautés, qu'il foutient être dignes des dieux, Joint les pleurs aux foupirs, comme un amant fçait faire, Et ne peut s'éclaircir par cet art ordinaire.
Il fallut recourir à ce qui porte coup, :
Aux préfens : il offrit, donna, promit beaucoup, Promit tant que Procris lui parut incertaine.
Toute chofe a fon prix: voila Céphale en peine ;
Il renonce aux cités, s’en va dans les forêts,
Conte aux vents, conte aux bois fes déplaifirs fecrets ; S’imagine, en chaflant, difliper fon martyre;
C'étoit pendant ces mois où le chaud qu'on refpire Oblige d'implorer l’haleine des zéphirs.
Doux vents, s’écrioit-il, prêtez-moi des foupirs , Venez, légers démons, par qui nos champs ficuriffent : Aure, fais-les venir : je fçais qu'ils t'obéiflent;
Ton emploi dans ces lieux eff de tout ranimer.
On lentendit, on crut quil venoit de nommer Quelque objet de fes vœux, autre que fon époufe. Elle en eft avertie, & la voila jaloufe.
Maint voifin charitable entretient fes ennuis:
Je ne le puis plus voir, dit-elle, que les nuits.
IL aime donc cette Aure, & me quitte pour ellei Nous vous plaignons ; il l'aime, & fans ceffe il l'appelle ; Les échos de ces lieux n'ont plus d'autres emplois Que celui d’enfeigner le nom d’Aure à nos bois. Dans tous les environs le nom d’Aure réfonne. Profitez d'un avis qu’en paflant on vous donne. L'intérêt qu'on y prend eft de vous obliger.
Elle en profite, hélas ! & ne fait qu'y fonger.
Les amans font toujours de légere croyance ;