LIVRE. DOUZIEME. : ée
Il témoigne mourir content de l'avoir vue.
Thifbé prend le poignard ; & découvrant fon fein, Je n’accuferai point, dit-elle, ton deffein ,
Bien moins encor l'erreur de ton ame alarmée: Ce feroit t'accufer de m'avoir trop aimée. É
Je ne taime pas moins : tu Vas voir que mon cœur N'a, non plus que le tien, mérité fon malheur. Cher amant, recois donc ce trifte facrifice.
Sa main & le poignard font alors leur ofhce:
Elle tombe, & tombant range fes vêtemens,
Dernier trait de pudeur, même aux derniers momens. Les Nymphes d’alentour lui donnerent des larmes ; Et du fang des amans teignirent par des charmes Le fruit d'un Murier proche, & blanc jufqu'à ce jour, Eternel monument d’un fi parfait amour.
Cette hiftoire attendrit les filles de Minée :
L'une accufoit l'amant, l’autre la deftinée ;
Et toutes, d'une voix, conclurent que nos cœurs De cette pallion devroient etre vainqueurs.
Elle meurt quelquefois avant qu'être contente : L'eft-elle ? Elle devient aufli-tôt languiflante.
Sans l'hymen on n'en doit recueillir aucun fruit, endant l’hymen eft ce qui la détruit.
dit Climene, une âpre jaloulie,
{ dont l'ame foit faifie.
l'erreur de Procris.
Et cep Il y joint »
Poifon le plus crue Je n’en veux pour témoin que Alcithoé ma fœur; attachant vos efprits,
Des tragiques amours vous 4 conté l'élite;
Celles que je vais dire ont auffi leur mérite. Jaccourcirai le temps; ainft qu'elle, à mon tour.
Peu sen faut que Phœbus ne partage de jour;
A fes rayons perçans oppofons quelques voiles : Voyons combien nos mains ont avancé nos toiles. Je veux que fur la mienne, avant que d'être au {oir »
Un progrès tout nouveau fe fafle appercevoir:
Cependant donnez-moi quelque heure de filence ; Ne vous rebutez point de mon peu d’éloquence ; Souffrez-en les défauts ; & fongez feulement Au fruit qu'on peut tirer de cet événement.
Céphale aimoit Procris, il étoit aimé d'elle:
Chacun fe propofoit leur hymen pour modele:
Ce qu'amour fait fentir de piquant & de doux, Combloit abondamment les vœux de ces époux:
Ils ne s'aimoient que trop : leurs foins & leur tendrefle Approchoient des tranfports d’amant & de maîtrefle ; Le ciel même envia cette félicité:
Céphale eut à combattre une Divinité.
IL étoit jeune & beau, l’Aurore en fut charmée ; N'étant pas à ces biens, chez elle, accoûtumée,
Nos belles cacheroient un pareil fentiment:
Chez les Divinités on en ufe autrement.
Celle-ci déclara fon amour à Céphale.
Il eut beau fui parler ue ta fui eunjugate ,
Les jeunes Déïtés qui n’ont qu'un vieil époux, Ne fe foumettent point à ces loix, comme nous. La Déefle enleva ce héros fi fidele :
De modérer fes feux il pria l’immortelle,
Elle le fit : l'amour devint fimple amitié:
Retournez, dit l’Aurore, avec votre moitié ;
Je ne troublerai plus votre ardeur ni la fienne : Recevez feulement ces marques de la mienne.
( C'étoit un javelot toujours sûr de fes coups. ) Un jour cette Procris, qui ne vit que pour vous, Fera le défefpoir de votre ame charmée,
Et vous aurez regret de l'avoir tant aimée;
Tout oracle eft douteux, & porte un double fens: Celui-ci mit d'abord notre époux en fufpens:
J'aurai regret aux vœux que j'ai formés pour elle? Et comment ? N'eft-ce point qu'elle m'eft infidelle ?