‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 103 sur 120 · Tome IT. Rr · texte numérisé non relu

Tome IT. Rr

Jugez donc fi Cloris, ‘efclave & malheureufe,

Voit l'offre de ces biens d’une ame dédaigneufe. Je fçais quel eft leur prix : mais de les accepter, Je ne puis ; & voudrois vous pouvoir écouter.

Ce qui me le défend, ce n’eft point l’efclavage: Si toujours la naïflance éleva mon courage,

Je me vois, grace aux Dieux, en des mains où je puis Garder ces fentimens malgré tous mes ennuis.

Je puis même avouer { hélas ! faut-il le dire?) Qu'un autre a, fur mon cœur, confervé fon empire. Je chéris un Amant, ou mort ou dans Îles fers ;

Je prétends le chérir encor dans les Enfers.

Pourriez-vous eftimer le cœur d’une inconftante ?

Je ne fuis déja plus aimable, ni charmante,

Cloris n'a plus ces traits que l’on trouvoit fi doux, Et, doublement efclave, eft indigne de vous.

Touché de ce difcours, Damon prend congé d'elle;

Fuyons, dit-il en foi, j'oublirai cette Belle : Tout pañfe , &G même. un Jos {oo lormoo- -pafferont : :

Voyons ce que l'abfence & le temps produiront. À ces mots il s'embarque, & quittant le rivage, Il court de mer en mer, aborde en lieu fauvage ; Trouve des malheureux de leurs fers échappés, Et fur le bord d’un bois à chaffer occupés.

Télamon, de ce nombre, avoit brifé fa chaîne: Aux regards de Damon il fe préfente à peine, Que fon air, fa fierté, fon efprit, tout enfin

Fait quà l’abord Damon admire fon deftin:

Puis le plaint, puis l’'emméne, & puis lui dit fa flamme. D'une efclave, dit-il, je n'ai pu toucher l'ame:

Elle chérit un mort! un mort, ce qui neft plus L'emporte dans fon cœur ! mes vœux font fuperflus. Là-deflus, de Cloris il lui fait la peinture. Télamon dans fon ame admire l'aventure, Difimule, & fe laifle emmener au féjour

Page 1