LIVRE DOUZIÈME
Tous deux ne recueillant que plainte & que murmure, Affligés, & contraints de quitter ces emplois, | Vont confier leur peine au filence des bois.
Là, fous d’âpres rochers, près d’une fource pure, Lieu refpeté des vents, ignoré. du foleil, Ils trouvent l'autre Saint, lui demandent confeil. I1 faut, dit leur ami, le prendre de foi-même. | Qui mieux que vous {çait vos befoins { Apprendre à fe connoître eft le premier des foins Qu'impofe à tous mortels la majeflé fuprême.
Vous êtes-vous connus dans le monde habité?
L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs cé bien, eft une erreur extrême.
Troublez l'eau : vous y voyez-vous !
Agitez celle-ci. Comment nous verrions-nous ?
La vafe eft un épais nuage Qu'aux effets du cryftal nous venons d'oppofer. Mes Freres, dit le Saint, laiflez-la repoler;
Vous verrez alors votre image.
vous mieux contempler , demeurez au défert.
Ainfi parla le Solitaire.
11 fut cru, l'on fuivit ce confeil falutaire. Ce neft pas quun emploi ne doive être fouffert. Puifqu'on plaide, & qu'on meurt, & qu'on devient malade, 11 faut des Médecins, il faut des Avocats.
us manqueront pas;
Pour
Ges fecours, grace à dieu, ne no
Les honneurs & le gain, tout me le perfuade.
Cependant on ‘oublie en ces communs befoins.
O vous! dont le Public emporte tous les foins, Magifirats , Princes, & Miniftres,
Vous, que doivent troubler mille accidens finiftres ,
Que le malheur abat, que le bonheur corrompt;
Vous ne vous voyez point, vous ne Voyez perfonne.
Si quelque bon moment à ces penfers vous donne, Quelque flatteur vous interrompt:
184 F'AIB LESY CH OTLSIES:
Cette leçon fera la fin de ces ouvrages:
Puille-t-elle être utile aux fiécles à venir!
Je la préfente aux Rois, je la propofe aux Sages: Par ‘où fçaurois-je mieux finir?
Fin du douzieme Livre © du quatrieme & dernier Volume.
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