Tome IT. ; M
Tâchez de l'affoiblir. La harangue fut vaine. Le fultan dormoit lors; & dedans fon domaine Chacun dormoit auffi, bêtes, gens: tant qu'enfin Le Lionceau devient vrai Lion. Le tocfin Sonne aufli-tôt fur lui: l'alarme fe promene
De toutes parts, & le vilir Confulté là-deflus, dit avec un foupir: Pourquoi l’irritez-vous? la chofe eft fans reméde. En vain nous appellons mille gens à notre aide. Plus ils font, plus ils coûtent, & je ne les tiens bons | Qu’à manger leur part des moutons.
Appaifez le Lion: feul il pañle en puiffance . Ce monde d’alliés vivant fur notre bien.
Le Lion en a trois qui ne lui coûtent rien, Son courage, fa force, avec fa vigilance.
Jettez-lui promptement fous la griffe un mouton ; S'il n'en eft pas content, -jettez-en davantage: Joignez-y quelque bœuf: choififfez, pour ce don,
Tout le plus gras du pâturage:
Sauvez le refte ainfi. Ce confeil ne plut pas:
Il en prit mal; & force états
Voifins du fultan en pâtirent:
Nul n’y gagna, tous y perdirent.
Quoi que fit ce monde ennemi,
Celui qu'ils craignoient fut le maître.
Propofez-vous d’avoir le Lion pour ami,
Si vous voulez le laïffer croître.
( Fable cc. )
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