LIVRE ONZIEME
FABLE IE Les DIEUX VOULANT INSTRUIRE UN FILS DE JUPITER.
Pour ÂMoNSEIGNEUR LE Duc Du ÂMAINE..
J jee eut un fils, qui fe fentant du lieu Dont il tiroit fon origine, Avoit l'ame toute divine.
L'enfance n’aime rien: celle du jeune Dieu Faifoit fa principale affaire Des doux foins d'aimer & de plaire.
En lui l'amour & la raifon | Devancerent le temps, dont les aïîles légeres N'aménent que trop tôt, hélas! chaque failon. Flore aux regards rians, aux charmantes maniéres, Toucha d’abord le cœur du jeune Olympien , Ce que la paflion peut infpirer d’adreffe, Sentimens délicats & remplis de tendreffe, Pleurs, foupirs, tout en fut: bref, il n’oublia rien. Le fils de Jupiter devoit, par fa naiflance, Avoir un autre efprit, & d’autres dons des cieux ÿ Que les enfans des autres Dieux.
I fembloit qu'il n'agît que par réminifcence, Et qu'il eût autrefois fait le métier d'amant, Tant il le fit parfaitement. é 4 ‘ Jupiter cependant voulut lé faire inftruire. IL affembla les Dieux, & dit: j'ai fu conduire Seul & fans compagnon jufqu’i ici l’univers : Mais il eft des emplois divers Qu’aux nouveaux Dieux je diftribue.
Sur cet enfant chéri j'ai donc jetté la vûe.
C'eft mon fang : tout eft plein déja de fes autels.
Afin de mériter le rang des immortels, Il faut qu’il fçache tout. Le maïître du tonnerre Eut à peine achevé, que chacun applaudit.
Pour fçavoir tout, l’enfant n’avoit que trop d'efprit. Je veux, dit le dieu de la guerre, Lui montrer moi-même cét art Par qui maints héros ont eu part Aux honneurs de l’olympe, & groffi cet empire. Je ferai fon maitre de lyre, | Dit le blond & docte Apollon.
Et moi, reprit Hercule à la peau de lion, Son maitre à furmonter les vices, À domter les tranfports, monftres empoifonneurs, Comme hydres renaiflans fans cefle dans les cœurs. Ennemi des molles délices, Il apprendra de moi les fentiers peu battus Qui ménent aux honneurs fur les pas des vertus. Quand ce vint au Dieu de Cythere, Il dit qu'il lui montreroit tout.
L'Amour avoit raifon; de quoi ne vient à bout L'efprit joint au defir de plaire?
(Fable 440)
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