‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 39 sur 120 · LIVRE ONZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME

ENXBEÉEE TV.

LE SONGE D'UN HABITANT DU Mocoz.

Jadis certain Mogol vit en fonge un vifir,

Aux champs Elyfiens pofleffeur d'un plaifir

Auffi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée:

Le même fongeur vit en une autre contrée Un hermite entouré de feux,

Qui touchoiït de pitié même les malheureux.

Le cas parut étrange, & contre l’ordinaire,

Minos en ces deux morts fembloit s'être mépris.

Le dormeur s'éveilla, tant il en fut furpris.

Dans ce fonge pourtant foupçonnant du myftere, Il fe fit expliquer l'affaire.

L'interpréte lui dit: ne vous étonnez point,

Votre fonge a du fens; & fi j'ai fur ce point Acquis tant foit peu d'habitude,

C'eft un avis des dieux. Pendant l'humain féjour

Ce vifir quelquefois cherchoit la folitude ;

Cet hermite aux vifirs alloit faire fa cour.

Si j'ofois ajoûter au mot de l'interprete,

J'infpirerois ici l'amour de Ia retraite;

Elle offre à fes amans des biens fans embarras, |

Biens purs, préfens du ciel, qui naiffent fous les pas. Solitude où je trouve une douceur fecrete,

Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais , Loin du monde & du bruit goûter l'ombre & le frais? O qui m'arrêtera fous vos fombres afyles!

Quand pourront les neuf fœurs, loin des cours & des iles M'occuper tout entier, & m'apprendre des cieux

Les divers mouvemens inconnus à nos yeux,

Les noms & les vertus de ces clartés errantes,

sa FABLES CHOISIES.

Par qui font nos deftins & nos mœurs différentes? Que fi je ne fuis né pour de fi grands projets,

Du moins que les ruifleaux m'’offrent de doux objets! Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !

La parque à filets d’or n’ourdira point ma vie;

Je ne dormirai point fous de riches lambris:

Mais voit-on que le fomme en perde de fon prix? En eft-il moins profond, & moins plein de délices ? Je lui voue au défert de nouveaux facrifices. Quand le moment viendra d'aller trouver les morts, J'aurai vécu fans foins, & mourrai fans remords.

y Ti ne CAS À CS)

(Fable ccv1ll.)

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