‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 44 sur 120 · LIVRE ONZIEME. 6x · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIEME. 6x

Témoin nous que punit la romaine avarice, Rome eft, par nos forfaits, plus que par fes exploits, L'inftrument de notre fupplice.

Craignez, Romains, craignez que le ciel quelque jour Ne tranfporte chez vous les pleurs & la mifere, Et mettant en nos mains, par un jufte retour, Les armes dont fe fert fa vengeance févere, Il ne vous fafle, en fa colere, :

Nos efclaves à votre tour.

Et pourquoi fommes-nous les vôtres? qu'on me die En quoi vous valez mieux que cent peuples divers ? Quel droit vous a rendus maîtres de l'universi Pourquoi venir troubler une innocente vie f Nous cultivions en paix d'heureux champs , & nos Mains Étoient propres aux afts, ainfi qu'au labourage : Qu’'avez-vous appris aux Germains Î Ils ont l’adrefle & le courage:

S'ils avoient eu l’avidité, Comme vous, & la violence, Peut-être, en votre place, ils auroient la puiffance, Et fçauroient en ufer fans inhumanité.

Celle que vos préteurs ont fur nous exercée, N’entre qu'à peine en la peniée.

La majefté de vos autels Elle-même en eft offenfée :

Car fçachez que les immortels Ont les regards fur nous. Graces à vos exemples, IL n’ont devant les yeux que des objets d'horreur, De mépris d'eux, & de leur temples, D'avarice qui va jufques à la fureur.

Rien ne fuffit aux gens qui nous viennent de Rome : La terre & le travail de l'homme Font, pour les aflouvir, des efforts fuperflus. Retirez-les : on ne veut plus

Cultiver pour eux les campagnes.

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