Tome IF. Q
éà FABLES CHOISIES
. Nous quittons les cités, nous fuyons aux montagnes;
Nous laiflons nos cheres compagnes:
Nous ne converfons plus qu'avec des ours affreux, Découragés de mettre au jour des malheureux, Et de peupler pour Rome un pays qu'elle opprime. Quant à nos enfans déja nés, Nous fouhaitons de voir leurs jours bientôt bornés: Vos préteurs, au malheur, nous font joindre le crime. Retirez-les, ils ne nous apprendront Que la molleffe, & que le vice.
Les Germains comme eux deviendront Gens de rapine & d’avarice :
C’eft tout ce que j'ai vû dans Rome à mon abord, N'a-t-on point de préfent à faire?
Point de pourpre à donner? c’eft en vain qu’on efpere Quelque refuge aux loix : encor leur miniftere À-t-1l mille longueurs. Ce difcours, un peu fort, Doit commencer à vous déplaire.
Je finis. Puniffez de mort Une plainte un peu trop fincere.
À ces mots, il fe couche, & chacun étonné , Admire le grand cœur, le bon fens, l’'éloquence Du Sauvage ainfi profterné.
On le créa patrice; & ce fut la vengeance
Qu'on crut qu'un tel difcours méritoit. On choifit D'autres préteurs; & par écrit
Le fénat demanda ce qu'avoit dit cet homme,
Pour fervir de modele aux parleurs à venir.
On ne fçut pas. long-temps à Rome Cette éloquence entretenir.
(Fable ccxl.)