‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 6 sur 120 · LIVRE BIXIE ME · texte numérisé non relu

LIVRE BIXIE ME

J'ai le don de penfer, & je fçais que je penfe. Or vous fçavez, Iris, de certaine fcience, Que quand la bête penferoit, La bête ne réfléchiroit Sur l’objet, ni fur fa penfée, Defcartes va plus loin, & foutient nettement, Qu'elle ne penfe nullement.

Vous n'êtes point embarraflée De le croire; ni moi. Cependant quand aux bois Le bruit des cors, celui des voix

N'a donné nul relâche à la fuyante proie,

Qu'en vain elle a mis fes efforts À confondre & brouiller la voie; L'animal chargé d’ans, vieux cerf, & de dix cors, En fuppofe un plus jeune, & l’oblige par force, À préfenter aux chiens une nouvelle amorce.

Que de raifonnemens pour conferver fes jours! Le retour fur fes pas, les malices, les tours, Et le change, & cent ftratagêmes Dignes des plus grands chefs, dignes d’un meïlleur fort! On le déchire après fa morts Ce font tous fes honneurs fuprêmes,

Quand la perdrix

Voit {es petits :

En danger, & n'ayant qu'une plume nouvelle, Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas, Elle fait la bleflée, & va traînant de l’aîle, Attirant le chaffeur, & le chien fur fes pas, Détourne le danger, fauve ainfi fa famille; Et puis quand le chaffeur croit que fon chien la pille,

Elle lui dit adieu, prend fa volée, & rit x

De l’homme, qui confus, des yeux en vain la fuit.

Non loin du nord il eft un monde,

A Qu FN à

Où l’on fçait que les habitans | Vivent, ainfi qu'aux premiers temps, Dans une ignorance profonde :

Je parle des humains: car quant aux animaux, Ils y conftruifent des travaux,

Qui des torrens groflis arrêtent le ravage,

Et font communiquer l’un & l'autre rivage.

L'édifice réfifte, & dure en fon entier;

Après un lit de bois, eft un lit de mortier:

Chaque caftor agit: commune en eft la tâche:

Le vieux y fait marcher le jeune fans relâche.

Maint maître d'œuvre y court, & tient haut le bâton.

La république de Platon

Ne feroit rien que l'apprentie

De cette famille amphibie.

Ils fcavent en hyver élever leurs maïlons, Paflent les étangs fur des ponts, Fruit de leur art, fçavant ouvrage; Et nos pareils ont beau le voir, Jufqu'à préfent tout eut fçavoir

Eft de paffer l'onde à la nage.

Que ces caftors ne foient qu'un corps vuide d’efprit, Jamais on ne pourra m'obliger à le croire.

Mais voici beaucoup plus: écoutez ce récit,

Que je tiens d’un roi plein de gloire.

Le défenfeur du nord vous fera mon garant:

Je vais citer un prince aimé de la victoire:

Son nom feul eft un mur à l'empire Ottoman:

C’eft le roi Polonois, jamais un roi ne ment.

| Il dit donc que fur fa frontiére

Des animaux entr'eux ont guerre de tout temps:

Le fang qui fe tranfmet des peres aux enfans, En renouvelle la matiere.

Ces animaux, dit-il, font germains du renard.

RE NÉ RAA .

5 Pen te NP

ve fm te

Le

Page 1