‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 67 sur 120 · A SON ÆALTESSE SÉRÉNISSIME /MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

A SON ÆALTESSE SÉRÉNISSIME /MONSEIGNEUR

DEMPRINCES DE CONTI.

- Comte les dieux font bons, ils veulent que les rois Le foient aufli: c’eft l’indulgence Qui fait {e plus beau de leurs droits, Non les douceurs de la vengeance.

Prince, c'eft votre avis. On fçait que le courroux S'éteint en votre cœur fi-tôt qu'on l'y voit naitre. Achille, qui du fien ne put fe rendre maître, Fut par là moins héros que vous.

Ce titre n'appartient qu'à ceux d’entre les hommes, Qui, comme en l’âge d'or, font cent biens ici-bas. Peu de grands font nés tels en cet âge où nous fommes. L'univers leur fçait gré du mal qu’ils ne font pas. Loin que vous fuiviez ces exemples, | Mille actes généreux vous promettent des temples, Apollon, citoyen de ces auguftes lieux, Prétend y célébrer votre nom fur fa lÿre.

Je fçais qu'on vous attend dans le palais des dieux: Un fiécle de féjour ici doit vous fufhre.

. Hymen veut féjourner tout un fiécle chez vous. Puiffent fes plaifirs les plus doux Vous compofer des deftinées Par ce temps à peine bornées!

Et la Princefle & vous, n’en méritez pas moins; J'en prends fes charmes pour témoins :

Pour témoins j'en prends les merveilles Par qui le ciel, pour vous prodigue en fes préfens, De qualités qui n'ont qu'en vous feul leurs pareilles, Tome I7. | Bb

98 FABLES CHOISTES:

Voulut orner vos jeunes ans.

BourBoON de fon efprit fes graces affaifonne. Le ciel joignit en fa perfonne Ce qui {çait fe faire éftimer, À ce qui fçait fe faire aimer.

Il ne m'appartient pas d'étaler votre joie:

Je me fais donc, & vais rimer Ce que fit un oifeau de proie.

Un Milan, de fon nid antique poffeffeur, Étant pris vif par un Chafleur, D’en faire au Prince un don cet homme fe propofe. La rareté du fait donnoit prix à la chofe.

L'Oifeau par le Chafleur humblement préfenté, Si ce conte neft apochryphe,

Va tout droit imprimer fa griffe Sur lc nez de {a Majefté.

Quoi, fur le nez du Roi? du Roi même en perfonne, Il n'avoit donc alors ni fceptre ni couronne? Quand il en auroit eu, ç’auroit été tout un.

Le nez royal fut pris pour un nez du commun. Dire des courtifans les clameurs & la peine, Seroit fe confumer en efforts impuiffans.

Le Roi néclata point: les cris font indécens À la Majefté fouveraine.

L'Oifeau garda fon pofte. On ne put feulement Hâter fon départ d’un moment, Son Maître Île rappelle, & crie, & {e tourmente, Lui préfente le leurre, & le poing, mais en vain,

On crut que jufqu’au lendemain Le maudit animal à la ferre infolente,

Nicheroit là malgré le bruit, Et fur le nez facré voudroit pañler la nuit : Tâcher de l'en tirer irritoit fon caprice.

Il quitte enfin le Roi, qui dit: laiflez aller

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