‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 90 sur 120 · A MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOSME · texte numérisé non relu

A MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOSME

N: l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux : Ces deux divinités n’accordent à nos vœux

Que des biens peu certains, qu'un plaifir peu tranquille, Des foucis dévorans c’eft l'éternel afyle, | Véritable vautour que le fils de Japet

Repréfente enchaîné fur fon trifte fommet.

L'’humble toit eft exempt d’un tribut fi funefte;

Le Sage y vit en paix, & méprife le refte.

Content de fes douceurs, errant parmi les bois,

Il regarde à fes pieds les favoris des rois;

Il lit au front de reux qu'un vain luxe cnvironne ; Que la fortune vend ce qu’on croit qu’elle donne, Approche-t-il du but, quitte-t-il ce féjour ;

Rien ne trouble fa fin, c’eft le foir d'un beau jour. Philémon & Baucis nous en offrent l'exemple,

Tous deux virent changer leur cabane en un temple. Hymenée. & l'amour, par des defirs conftans ,

Avoient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps : Ni le temps, ni l’hymen n'éteignirent leur flamme ; Cloton prenoit plaifir à filer cette trame.

Ils {eurent cultiver, fans fe voir afliftés, Leur enclos & leur champ par deux fois vingt Étés. Eux feuls ils compofoient toute leur république: Heureux de ne devoir à pas un domeftique

Le plaifir ou le gré des foins qu'ils fe rendoient ! Tout vieillit : fur leur front les rides s'étendoient ; L'amitié modéra leurs feux fans les détruire,

Et par des traits d'amour fçut encor fe produire.

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