A MONSEIGNEUR LE DUC DE VENDOSME
N: l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureux : Ces deux divinités n’accordent à nos vœux
Que des biens peu certains, qu'un plaifir peu tranquille, Des foucis dévorans c’eft l'éternel afyle, | Véritable vautour que le fils de Japet
Repréfente enchaîné fur fon trifte fommet.
L'’humble toit eft exempt d’un tribut fi funefte;
Le Sage y vit en paix, & méprife le refte.
Content de fes douceurs, errant parmi les bois,
Il regarde à fes pieds les favoris des rois;
Il lit au front de reux qu'un vain luxe cnvironne ; Que la fortune vend ce qu’on croit qu’elle donne, Approche-t-il du but, quitte-t-il ce féjour ;
Rien ne trouble fa fin, c’eft le foir d'un beau jour. Philémon & Baucis nous en offrent l'exemple,
Tous deux virent changer leur cabane en un temple. Hymenée. & l'amour, par des defirs conftans ,
Avoient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps : Ni le temps, ni l’hymen n'éteignirent leur flamme ; Cloton prenoit plaifir à filer cette trame.
Ils {eurent cultiver, fans fe voir afliftés, Leur enclos & leur champ par deux fois vingt Étés. Eux feuls ils compofoient toute leur république: Heureux de ne devoir à pas un domeftique
Le plaifir ou le gré des foins qu'ils fe rendoient ! Tout vieillit : fur leur front les rides s'étendoient ; L'amitié modéra leurs feux fans les détruire,
Et par des traits d'amour fçut encor fe produire.