‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 91 sur 120 · Tome IF. Nn · texte numérisé non relu

Tome IF. Nn

Ils habitoient un bourg plein de gens, dont le cœur Joignoit aux duretés un fentiment moqueur.

Jupiter réfolut d'abolir cette engeance.

Il part avec fon fils, le Dieu de l'Eloquence,

Tous deux en pélerins vont vifiter ces lieux ;

Mille logis y font, un feul ne s'ouvre aux Dieux, Prêts enfin de quitter un féjour fi profane,

Ils virent à l’écart une étroite cabane,

Demeure hofpitaliere, humble & chafte maifon. Mercure frappe, on ouvre : aufli-tôt Philémon

Vient au devant des Dieux, & leur tient ce langage: Vous me femblez tous deux fatigués du voyage ; Repolez-vous : ufez du peu que nous avons:

L'aide des Dieux à fait que nous le confervons ; Ufez-en : faluez ces pénates d’argille.

Jamais le ciel ne fut aux humains f facile ,

Que quand Jupiter même étoit de fimple bois:

Depuis ‘qu'on la faic dur, it sn fourd à nos voix, Baucis, ne tardez point, faites tiédir cette onde; Encor que Île pouvoir au defir ne réponde,

Nos hôtes agréront les foins qui leur font dûs. Quelques reftes de feu fous la cendre épandus , D'un fouffle haletant par Baucis s’allumerent :

Des branches de bois fec aufli-tôt s’enflammerent. L'onde tiéde, on lava les pieds des Voyageurs. Philémon les pria d’excufer ces longueurs ;

Et pour tromper l'ennui d’une attente importune , IL entretint Les Dieux, non point fur la fortune, Sur fes jeux, fur {a pompe & la grandeur des rois, Mais fur ce que les champs, les vergers & les bois Ont de plus innocent, de plus doux, de plus rare: Cependant, par Baucis, le feflin fe prépare,

La table où lon fervit le champêtre repas,

Fut d'ais non-faconnés à l’aide du compas :

Encore aflure-t-on, fi l'Hiftoire en eft crue,

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