‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 92 sur 120 · LIVRE DOUZIEM E · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEM E

Qu'en un de fes fupports le temps l'avoit rompue. Baucis en égala les appuis chancelans

Du débris d’un vieux vafe, autre injure des ans.

Un tapis tout ufé couvrit deux efcabelles :

Il ne fervoit pourtant qu'aux fêtes folemnelles.

Le linge orné de fleurs fut couvert, pour tout mets, D'un peu de lait, de fruits, & des dons de Cérés. Les divins voyageurs altérés de leur courfe, | Méloient au vin groflier le cryftal d’une fource.

Plus le vafe verfoit, moins il s’alloit vuidant. Philémon reconnut ce miracle évident: | Baucis n’en fit pas moins : tous deux s’agenouillerent ; A ce figne d’abord leurs yeux fe defhillerent.

Jupiter leur parut avec ces noirs fourcils |

Qui font trembler les cieux fur leurs poles aflis. Grand Dieu, dit Philémon, excufez notre faute. Quels humains auroient crû. recevoir un tel hôte! Ces mets, nous l'avouvno; font peu délicieux ;

Mais quand nous ferions rois, que donner à des Dieux ? C'eft le cœur qui fait tout : que la terre & que l'onde Apprêtent un repas pour les maîtres du monde,

Ils lui préféreront les feuls préfens du cœur.

Baucis fort à ces mots pour réparer l'erreur;

Dans le verger couroit une perdrix privée; L

Et par de tendres foins dès l'enfance élevée :

Elle en veut faire un mets, & la pourfuit en vain; La volatille échappe à fa tremblante main:

Entre les pieds des Dieux elle cherche un afÿle:

Ge recours, à l'oifeau, ne fut pas inutile:

Jupiter intercéde, Et déja les vallons | Voyoient l'ombre en croiffant tomber du haut des monts. Les Dieux fortent enfin, & font fortir leurs hôtes.

De ce Bourg, dit Jupin, je veux punir les fautes :

Toi, Mercure, appelle les vapeurs.

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