‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 94 sur 120 · LIVRE DOUZIEME. I · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME. I

Ne troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux. Jupiter, à ce vœu, fut encor favorable:

Mais oferai-je dire un fait prefque incroyable ? Un jour qu'aflis tous deux dans le facré parvis, Ils contoient cette hifloire aux pélerins ravis, La troupe à l’entour d'eux debout prêtoit l'oreille, Philémon leur difoit : ce lieu plein de merveille N'a pas toujours fervi de temple aux Immortels. Un bourg étoit autour, ennemi des autels, Gens barbares, gens durs, habitacles d'impies : Du célefte courroux tous furent les hofties ; Il ne refta que nous d’un fi trifte débris :

Vous en verrez tantôt la fuite en nos lambris: Jupiter l'y peignit. En contant ces annales, Philémon regardoit Baucis par intervalles :

Elle devenoit arbre, & lui tendoit les bras; Il veut lui tendre aufli les fiens, & ne peut pas. Il veut parler. l'écorce 2 fa langue preffée : L'un & l’autre fe dit adieu de la penfée; Le corps neft tantôt plus que feuillage & que bois. D'étonnement la troupe, ainfi qu'eux, perd Îa voix; Même inftant, même fort à leur fin les entraîne : Baucis devient tilleul, Philémon devient chêne. On les va voir encore, afin de mériter Les douceurs qu'en hymen Amour leur fit goûter. Ils courbent fous le poids des offrandes fans nombre. Pour peu que des époux féjournent fous leur ombre, Ils s'aiment jufqu'au bout, malgré l'effort des ans. Ah!f... Mais autre part j'ai porté mes préfens. Célébrons feulement cette métamorphofe.

De fideles témoins m'ayant conté la chofe ;, Clio me confeilla de l'étendre en ces vers, Qui pourront quelque jour l'apprendre à l'univers. Quelque jour on verra chez les races futures, Sous l'appui d'un grand nom pafler ces aventures.

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