MAD R XXI
Les FILLES DE MIiNÉE.
J egchante dans mes vers les Filles de Minée,
Troupe aux arts de Pallas dés l'enfance adonnée,
Et de qui le travail fit entrer en courroux
Bacchus, à jufte droit, de fes honneurs jaloux.
Tout Dieu veut aux humains fe faire reconnoître.
On ne voit point les champs répondre aux foins du maître, Si dans les jours facrés, autour de fes guérets,
Il ne marche en triomphe en lhonneur de Cérés.
La Grece étoit en jeux pour le fils de Sémele. Seules on vit trois fœurs condamner ce faint zéle, Alcithoé l’aînée, ayant pris fes fufeaux , | Dit aux autres : quoi dnne, toujaure des Dieux nouveaux ? L'olympe ne peut plus contenir tant de têtes,
Ni l'an fournir de jours aflez pour tant de fêtes.
Je ne dis rien des vœux dûs aux travaux divers
De ce Dieu qui purgea de monftres l'univers :
Mais à quoi fert Bacchus, qu'à caufer des querelles, Affoiblir les plus fains, enlaidir les plus belles,
Souvent mener au Styx par de triftes chemins ?
Et nous irons chommer la pefte des humains ?
Pour moi, jai réfolu de pourfuivre ma tâche.
Se donne ce jour-ci qui voudra du relâche ,
Ces mains n’en prendront point. Je fuis encor d'avis
Que nus rendions le temps moins long par des récits. Toutes trois, tour à tour, racon{tons quelque hiftoire. Je pourrois retrouver fans peine en ma mémoire que des Dieux les divers changemens ;
e chacun fçait tous ces événemens ;
e l'amour äinfpire à nos pareilles:
Du monar Mais comm Difons ce qu
sur. OPEBLES CHOMMES.
Non toutefois qu'il faille en contant fes merveilles, Accoûtumer nes cœurs à goûter fon poilon, Car, ainfi que Bacchus, il trouble la raiïfon, Récitons-nous les maux que fes biens nous attirent. Alcithoé fe tut, & fes fœurs applaudirent.
| + Après quelques momens, hauffant un peu la voix, Dans Thebes, reprit-elle, on conte quautrefois Deux jeunes cœurs s’aimoient d’une égale tendreffe : Pyrame, c’eft l'Amant, eut Thifbé pour maïtrelle. Jamais couple ne fut fi bien aflorti qu'eux:
L'un bien fait, l’autre belle, agréables tous deux, Tous deux dignes de plaire, ils s’aimerent fans peine, D'autant pluftôt épris, qu'une invincible haine Divifant leurs parens, ces deux amans unit, Et concourut aux traits dont l'amour fe fervit. Le hazard, non le choix, avoit rendu voifines
Leurs maifons-eù régnoient ces guerres inteftines : Ce fut un avantage à leurs defirs naiffans.
Le cours en commença par des jeux innocens ;
La premiere étincelle. eut embrafé leur ame,
Qu'ils ignoroient encor ce que c’étoit que flamme. Chacun favorifoit leurs tranfports mutuels,
Mais c'étoit à l’infçu de leurs parens cruels.
La défenfe eft un charme : on dit qu’elle affaifonne Les plaifirs, & furtout ceux que l'amour nous donne. D'un des logis à l’autre, elle inftruifit du moins Nos amans à fe dire avec figne leurs foins.
Ce léger reconfort ne les put fatisfaire ;
Il fallut recourir à quelque autre myftere.
Un vieux mur entr'ouvert féparoit leurs maiïfons, Le temps avoit miné fes antiques cloifons:
Là, fouvent de leurs maux ils déploroient la caufe ; Les paroles pañloient, mais c’étoit peu de chofe,
Se plaignant d'un tel fort, Pyrame dit un jour: