‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 97 sur 120 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

Chere Thifbé, le ciel veut qu'on s’aide en amour, Nous avons à nous voir une peine infinie:

. Fuyons de nos parens l'injufte tyrannie:

Jen ai d’autres en Gréce, ils {e tiendront heureux Que vous daigniez chercher un afyle chez eux: Leur amitié, leurs biens, leur pouvoir . tout m'invite À prendre le parti dont je vous follicite. | C’eft votre feul repos qui me le fait choifir,

Car je n'ofe. parler, hélas ! de mon defr:

Faut-il à votre gloire en faire un facrifice?

De crainte de vains bruits, faut-il que je languifle ? Ordonnez, j'y confens ; tout me femblera doux;

Je vous aime, Thifbé, moins pour moi que pour vous. J'en pourrois dire autant, lui repartit l’amante; Votre amour étant pure encor que véhémente,

Je vous fuivrai par-tout : notre commun repos

Me doit mettre au-deflus de tous les vains propos.

Tant que de ma vertu je ferai fatisfaite, Je rirai des diicours d'une langue indifcrette, Et m’abandonnerai fans crainte à votre ardeur, Contente que je fuis des foins de ma pudeur.

Jugez ce que fentit Pyrame à ces paroles!

Je n’en fais point ici de peintures frivoles. Suppléez au peu d'art que le ciel mit en moi: Vous-même peignez-vous cet amant hors de foi. Demain, dit-il, il faut fortir avant l'aurore ; N'attendez point les traits que fon char fait éclore: Trouvez-vous aux degrés du terme de Cérés:

Là, nous nous attendrons : le rivage eft tout prés: Une barque eft au bord, les rameurs, le vent même, Tout, pour notre départ, montre une hâte extrême ; L’augure en eft heureux, notre fort va changer;

Et les Dieux font pour nous, fi je fçais bien juger. Thifbé confent à tout : elle en donne pour gage Deux baifers, par le mur, arrêtés au pallage.

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