‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 98 sur 120 · Tome IT. P p · texte numérisé non relu

Tome IT. P p

Heureux mur ! tu devois fervir mieux leur défir:

Ils n’obtinrent de toi qu'une ombre de plaifir.

Le lendemain Thifbé fort & prévient Pyrame; L’impatience, hélas ! maïîtrefle de fon ame,

La fait arriver feule & fans guide aux degrés;

L'ombre & le jour luttoient dans les champs azurés.

Une lionne vint, monftre imprimant la crainte,

D'un carnage récent fa gueule eft toute teinte.

Thifbé fuit ; & fon voile emporté par les airs,

Source d’un fort cruel, tombe dans ces déferts.

La lionne le voit, le foüille, le déchire ;

Et l'ayant teint de fang, aux forêts fe retire.

Thifbé s’étoit cachée en un buiffon épais,

Pyrame arrive, & voit ces veftiges tous frais.

O Dieux ! Que devient-il ? Un froid court dans fes veines » Il apperçoit le voile étendu dans ces plaines : Il le {eve : & le fang joint aux traces des pas ; L'empêche de douter d’un funefte trépas.

Thifbé, s’écria-t-il, Thibé, je t'ai perdue!

Te voila, par ma faute, aux Enfers defcendue! Je l'ai voulu ; c'eft moi, qui fuis le monfîre affreux . Par qui tu t'en vas voir le féjour ténébreux : \Attends-moi, je te vais rejoindre aux rives fombres; : Mais m'oferai-je à toi préfenter chez les ombres? Jouis au moins du fang que je te vais offïir, Malheureux de n'avoir qu'une mort à fouffrir.

Il dit, & d’un poignard coupe aufli-tôt fa trame. Thifbé vient ; Thifbé voit tomber fon cher Pyrame. Que devient-elle aufi ? Tout lui manque à la fois, Les fens & les efprits aufi bien que la voix.

Elle revient enfin ; Cloton , pour l'amour d'elle, Laifle à Pyrame ouvrir fa mourante prunelle.

Il ne regarde point la lumiere des cieux :

Sur Thifbé feulement il tourne encor les yeux.

IL voudroit lui parler, fa langue eft retenue:

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