IV PREFACE
Loin de se servir de la flatterie, si douce aux grands, Fénelon évite avec soin, dans ses fables, ce qui pourrait rappeler le courtisan. Et c'est bien ainsi que devait s'y prendre, pour faire d'un enfant fougueux et passionné un prince vertueux, celui dont Saint- Sinion, juste cette fois, a tracé le portrait suivant :
« Ce prélat, dit-il, était un grand homme maigre, bien fait, pâle, avec un grand nez, des yeux dont le feu et Vesprit sortaient comnie un torrent et une physionomie telle que je n'en ai point vu qui lui ressemblât et qui ne se pouvait oublier quand on ne l'aurait vue qu'une fois. Elle rassemblait tout, et les contrastes ne s'y combattaient pas. Elle avait de la gravité et de la galanterie, du sérieux et de la gaieté- elle sentait également le docteur, l'évêque et le grand seigneur, et ce qui y surnageait, ainsi que dcms toute sa personne, c'était la finesse, l'esprit, les grâces, la décence et surtout la noblesse ; il fallait un effort pour cesser de le regarder »
Sainte-Beuve, parlant des fables de Fénelon, n'a pas hésité à établir des comparaisons entre leur auteur et La Fontaine, et, à la date du lundi i^'' avril i85o, il écrivait : a II y a ce rapport entre Fénelon et La Fontaine qu'on les aime tous deux sans bien savoir pourquoi et avant même de les avoir approfondis. Il émane de leurs écrits comme un parfum qui prévient et s'insinue; la physionomie de l'homme parle d'abord pour l'auteur; il semble que le regard et le