LIVRE PREMIER
A la Chambre aujourd'hui je porte la parole ,
C'est pour un important objet :
Je dois parler sur le budget ; J'évite volontiers tout entretien frivole : J'ai beaucoup à penser; l'on s'attend de ma part
A du profond; et, si rien ne me presse, Je toucherai, je crois, quelques mots de la presse. La presse, voyez-vous, c'est le plus sûr rempart,
Et le seul bientôt qui nous reste,
De nos publiques libertés.
Mais prenez ce billet ; vous entendrez le reste
A la Chambre des députés ; \ Cuez m'y joindre.. . » 11 sort à pas précipités.
Milord, qui l'écoutait de toutes ses oreilles,
S'adressant au nouveau venu :
« Mon pauvre maître, hélas ! il vous dit des merveilles ; L'auriez-vous deviné ce qu'il est devenu ? S'il n'est pas fou, vraiment, il ne s'en manque guère. Vous a-t-il seulement demandé quelle affaire
Vous amenait en ce pays?
Il ne parle que lois, presse, budget, finance; Là souvent il griffonne autant que vingt commis. On dirait, à lui voir ce grand air d'importance.
Qu'il se croit seul chargé des destins de la France : Il Faime en citoyen ; mais il n'a plus d'amis. C'était bien des humains le plus parfait modèle ! Et c'est auprès de moi, maintenant rebuté, Naguère si chéri, moi, son gardien fidèle, Qu'il fait son nouveau cours de générosité. Il m'enchaîne, il me bat, et plus, il ne m'appelle Que pour serrer les fers de ma captivité. Peut-être il plaint mes maux; mais qu'est mon infortune Auprès de ce discours qu'il a tant médité ? Courez, courez l'ouïr; vous serez transporté : Vous l'entendrez vanter à la tribune Les douceurs de la liberté.
FABLE CINQUIEME
LE DÉP UtT I>ES MOI CULS.
Tant que les mouches de l'été Trouvent chez vous abri, chaleur et victuaille,
Vous avez leur société ; Et, quoi que vous fassiez, pas une qui s'en aille : Toutes vous les voyez suivre avec piété Le culte du logis. Mais viennent la froidure, Les autans rigoureux, la saison morte et chue, Toutes s'en vont, cherchant d'autres climats. D'autres abris et des cieux sans frimas.
Tant que règne chez vous l'abondance et la joie,
Tant -que Fortune vous octroie Bonne table, bons vins, truffes, café, liqueurs, Zèle pour vous servir anime tous les cœurs ; Serment de vous aimer sort de toutes les bouches. Aïais viennent la tempête et les jours de malheurs, La perte de vos biens, le cri de vos douleurs, Chacun s'en va : c'est le départ des mouches.