‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 15 sur 104 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

De traiter de leur mieux la nouvelle venue ; Et, sur-le-champ, vers la noble inconnue Ils convinrent de députer Trois des leurs, les mieux faits pour les représenter. Et des votes secrets recueillis à la ronde (Car on ne voulut point s'en remettre au hasard I Sortit ce résultat, qui plut à tout le monde : « L'éléphant, l'âne et le renard. »

Le renard courtisan, connu pour sa faconde, S'était chargé de la complimenter.

L'éléphant devait seul porter Et l'orge et le maïs, et les présents d'usage.

L'âne, enfin, docte personnage,

Représentant la faculté,

Ne se rendait vers Son Altesse

Que pour offrir le lait d'àuesse

En cas de mauvaise santé.

La Girafe, à l'aspect de la digne ambassade,

S'arrête interrompant son trot ; Et le renard, alors, d'une prompte gambade. Du dos de l'éléphant se faisant une estrade,

« Princesse, lui dit-il parlant toul de son haut, Qui, des sources du Nil aux rives de la Seine, Venez faire admirer la grandeur africaine,

Dont la douceur et la bonté

Vont rehaussant la majesté, Dans ces vastes jardins, notre commun domaine, Daignez vous reposer d'une course lointaine ; Entrez sous ce parvis qui doit nous rassembler : Ceux de qui nous tenons l'honneur de vous parler Sont surtout empressés de saluer leur reine.

Princesse, paraissez dans vos nouveaux Etals;

Mille et mille soins délicats

Vous attendent à votre entrée.

Du tendre acacia la feuille est préparée. Tout vous sera rendu dans ces fortunés lieux. L'abri de vos forêts, vos pénates, vos dieux;

Et si vous êtes altérée,

Dans un vallon délicieux Le fleuve Blanc va vous offrir sa rive.

Comme nous, il est vrai, vous y serez captive ; Mais quand si douce est la captivité.

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