LIVRE PREMIER
Mais, direz-vous, ce conte-ci Ne peu! pas demeurer sans suite; Et qu'advint -il après sa fuite?
Or, ce qu'il advint , le voici :
A quelque temps de là, le Bûcheron rencontre
Le Loup qu'il avait hébergé; -Camarade, dit-il, sans que j'en lasse montre, •le vous avais, ce semble, assez fort obligé, Reçu clans ma eabane, accueilli, protégé,
D'un grand péril sauvé peut-être; Cet accueil valait bien qu'on dût le reconnaître;
Et lorsque j'allai, vers le soir,
Pour vous rassurer, pour vous voir El vous prier d'accepter quelque chose,
Je vis , sans en trouver la cause , Que de chez moi vous étiez délogé Sans dire mot, sans tambour, ni trompette; Un loup , bien qu'il soit loup , un loup qui prend congé ,
N'est pas dispensé d'être honnête. »
— « C'est irai, dit celui-ci, je confesse le cas; .le ne fus point poli, je ne m'en défends pas; Mais, seigneur Bûcheron , trêve ici de la ruse :
De vous point de reproche, et de moi point d'excuse; A ce devoir si j'ai manqué , C'est qu'en vous j'avais remarqué Bouche mielleuse et cœur infâme :
Car des deux faces de votre âme En un instant j'ai vu surgir Le bien parler, le mal agir. »
FABLE SEIZIÈME