LIVRE DEUXIÈME
Pourquoi mettre tant de mystère Au choix de votre couche, au lieu d'être céans,
Comme nous, logés par le maître? Pourquoi vous exposer, sur la rime d'un hêtre, A recevoir la pluie et la grêle et le veut.
Même à risquer le plus souvent L'existence de ceux qui de vous doivent naître? Pour fuir ainsi votre bien-être, Avez -vous donc quelque grave raison ?
Le maître du logis est un si galant homme! Voyez : il nous traite tout comme Si nous étions de la maison.
Voilà tantôt une saison Que nous habitons sa demeure ; Eh bien! chaque jour, à toute heure.
On le voit prodiguer « ses biens » A ceux qui t'ont vœu d'être siens. » Chez lui, maîtres, valets, êtres de toute espèce, Se partagent en paix la commune richesse. Tous sont traités avec le même soin Chaque hôte, selon son besoin, Ksi un convive qu'on appelle A prendre sa part d'un banquet.
Oui , chaque jour se renouvelle.
Les porcs vont se gorger en un large baquet , Les dindons empâtés, les poulets mis en graisse, Tout prospère à la fois , tout vit dans l'allégresse : Pour le bonheur de tous, tout est si bien conduit ! Les chats vont au fromage et les rats au biscuit ;
Pas un être qui, jour et nuit,
Dans cette joyeuse campagne , Ne soit repu , choyé , Dorloté , festoyé ;
C'est un vrai pays de cocagne.
Aussi tout le monde est content.
Que n'en venez-vous faire autant?
Que si vous préférez toujours vivre en hermiles ,
Du moins, expliquez-nous pourquoi. »
— h Pourquoi? disent nos cénobites, Ah! puissiez-vous l'apprendre sans effroi! Vous êtes, dites-vous, heureux dans celte ferme; Tout ce que vous voyez, tout ce qu'elle renferme, Vous êtes satisfait de tout.
Tout ici vous charme et vous touche, Sans que rien vous y semble louche; Vous n'avez pas été partout; Suivez-nous donc; visitons jusqu'au bout ;