‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 44 sur 104 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Tournons autour de ce repaire; De ce maître si débonnaire Vous avez vu la cour, le jardin, le «{renier;

Poursuivons : passons au charnier.

Voyez-vous ces monceaux d'ossements et de plumes? On ferait ici des volumes Des grands méfaits qu'attestent ces débris. Et vous, dans vos si doux abris, Depuis que mars a vu ses semailles levées. Vous avez , comme nous , mis à point trois couvées ;

Que sont devenus vos petits?

Les avez-vous revus depuis qu'ils sont sortis?

Ces questions vous interdisent.

Ce qu'ils sont devenus! ces plumes vous le disent. Vous frémissez. Vous les croyiez partis. Les malheureux! ils ont été rôtis!

Fuyez, fuyez; loin de ce domicile Allez chercher un autre asile ; Rompez au plus vite un lien Qui vous coûterait davantage ; Mais, en partant, retenez cet adage :

» Quand l'homme aux animaux procure quelque bien , Ce n'est pas pour leur avantage, Mais pour le sien. •

FABLE QUATRIÈME

l' \ NE ET LE CHE\ I 1

Un Ane , élevé des l'enfance

Chez, un fermier du Limousin,

Vivait en bonne intelligence

Avec un Cheval, son cousin.

Commensaux du logis qui les avait vus naître ,

Tous deux avaient (régales parts

Aux munificences du maître.

Mais l'âge, les instincts, le monde et les hasards

Eurent bientôt détruit cette heureuse harmonie. L'Ane, par un destin conforme à son génie, Prit service chez un meunier.

Ce fut son lot. Porter sac ou panier, Le choix était sans importance.

L'essentiel, c'est qu'il eût sa pitance;

Et, sur ce point, moins fier que le poulain, Moins délicat que lui , mieux avisé peut-être, Il savait que toujours il pourrait au moulin, Avec l'orge et le son, largement se repaître. 11 voulait d'un bonheur qui ne fût pas détruit Par l'espoir d'un plus grand et d'un plus grand encore; Du travail pour le jour, du repos pour la nuit, Le vivre et le couvert; bref, avoir son pain cuit , C'était là son souci. Tout le reste, il l'ignore, Ou du moins n'en a cure. Au rebours, son parent ,

De goûts , de mœurs bien différent , Qui se sentait de cœur et de taille et d'allure A courir maint hasard, mainte noble aventure,

En grandissant, vit grandir son orgueil, S'étendre ses désirs. La ferme, il la dédaigne,

Impatient d'en déserter le seuil.

Que lui font les périls? il n'en est point qu'il craigne,

Tant son instinct le porte à la grandeur;

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