‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 47 sur 104 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

S'il fui son compagnon, c'esi qu'il en prit pitié; Il l'aima par faiblesse et non par amitié; Il ne lui devait pas un sentiment plus tendre. On peut bien, après tout, se défaire d'un chien, Qui commence à vieillir et n'est plus bon a rien.

Mais, l'arrêt prononcé, comment va-l-il s'j prendre?

Hue va-t-il dire à ses enfants?

Son «bien couchait près deux depuis Lantôl douze ans : Kl par quel accident? et par quelle aventure? Le plus jeune surtout va courir éperdu; Caniche lui servait de cheval de monture...

Il leur dira qu'il Ta perdu.

Sur ee penser, le voilà cpii chemine, Caressant le pauvret, lui faisant bonne mine. Le chien chemine aussi, s'éloignant du lover. Sans songer, lui, qu'on songe à le noyer. On marche une heure; on se hâte, on arrive Derrière un mont , au détour d'une rive , Près d'un torrent qui bouillonne à l'écart, Lieu propice au méchant, lieu favorable au crime, Et qui le cache à fout regard.

C'est là que le cfuel amène sa victime, (Test là (jue, dérobant la trace de ses pas, Pour céder, sans rougir, à son dessein perfide , Il est prêt à commettre un quasi -fratricide. Le chien, sans méfiance, et qui prend ses ébats, Comme s'il retrouvait les jours de sa jeunesse, Court , folâtre et s'anime, et saule et ne voit pas Si près de lui les portes du trépas.

L'homme, lui prodiguant tous ses noms de tendresse Le flatte de la main, le fait venir à lui.

Le malheureux, qui croit qu'on le caresse, Recommence à courir, revient dès qu'il a fui ,

S'échappe encore, et bondit d'allégresse. Son maître aura bientôt fait cesser tant d'ivresse. Il gronde alors, menace, et, prenant son moment, Le serre en ses genoux, le retient fortement,

Puis à son cou lie une lourde pierre,

L'emporte enfin, le jette à la rivière, Et s'en revient tranquillement.

Tranquillement I 'c'est peut-être trop dire. Le mal, quel que soit son empire.

Porte avec lui sou châtiment.

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