‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 53 sur 104 · LU RE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LU RE DEUXIEME

Kl sous l'abri formé par son dôme superbe. Nonchalamment couchés sur l'herbe, Ils s'abandonnent au repos.

Puis l'air étant plus Irais, leur esprit plus dispos. Ils redonnent l'essor à leur savante escrime :

« Le platane est un bois dont on l'ait peu d'estime, Disait l'un ; mon esprit se creuse à définir Dans les desseins de Dieu quel rang il doit tenir. Est-ce le haut, le bas, le milieu de l'échelle? L'arbre est d'un noble port, sa feuille est large et belle;

Mais suffît-il qu'il plaise à nos regards! Est-il, ou par son fruit, ou sa sève, ou sa gomme, Lne jouissance pour l'homme, l ne conquête pour les ails ?

» Dans la prévoyance féconde

De Celui qui créa ce monde, Où tout se coordonne et s'enchaîne et se suit, Où toute chose enfin d'une autre se déduit, Chaque arbre a sa valeur du pied jusqu'à la tête ; Tout planteur peut toujours calculer sou produit. Tel bois sert au vaisseau qui brave la tempête;

Tel autre vient en aide à la main qui construit. Le chêne a sa grandeur, sa majesté, sa force; L'orme sa dureté, le liège son écorce, Le sapin sa résine et le dattier son fruit. Mais le platane est un arbre inutile, Autant vaudrait cultiver le myrtille '.

Pour moi, si je plantais, je me garderais bien De choisir des sujets qui ne sont bons à rien. »

Ému de l'entretien profane, Et d'un juste courroux se sentant tout frémir :

« Et mon ombre ! dit le platane , Mon ombre, où vous trouviez tant de charme à dormir, La comptez-vous pour rien!... Insensés, sur vos tètes Elle étend son bienfait; vous le méconnaissez! Allez : portez ailleurs les mépris que vous faites ; Et de peur qu'à l'instant ce Dieu que vous lassez

Par vos paroles indiscrètes X'ait pour vous écraser ses foudres toutes prêtes ,

Ingrats! levez-vous et passez! »

1 Myrtille on Airelle (Vitis Idàea) : arbrisseau de la famille des bruyères, raisin des bois.

FABLE ONZIEME

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