LE POT \ DEUX VNS ES
Un homme examinait un pot Dont la forme surtout lui paraissait commode. « Celui qui L'inventa, dit-il, n'était pas sol. Pas plus que celui-là qui rédigea le Code.
— Quoi! dit quelqu'un qui l'entendit, Le Code, oii sont écrits et mon droit et le vôtre Et ce pot c'est tout un, cl e'esl le même esprit
Oui , selon vous , fit l'un el l'autre ?
— Oui, c'est là mon avis, je n'en retranche rien, Anse des deux côtés, choisissez pour le prendre,
A droite, à gauche, on saisit toujours bien. C'est de même la loi, suivant qu'on veut L'entendre; Elle s'applique à tout ; et le tien et le mien ,
Pour s'attaquer, pour se défendre, Sont dans les mêmes cas jugés différemment ; Et toujours bien jugés, grâce au tempérament De ces textes confus d'où sortent les sentences. J'ai plaidé dans mon temps : je dis ce que j'en sais;
Et j'ai pu voir dans maints procès Que le pour et le contre ont de pareilles chances, Et que le Code , enfin , est un pot à deux anses.
FABLE DOUZIEME