‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 86 sur 104 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Même à fuir de telle sorte Que, dans l'ardeur qui l'emporte Hors de sou tempérament, On eut dit que la nature, Par quelque dérèglement, Reniait sa créature.

I il Lion fuir! quel affront Pour toute sa noble race!

Aussi, voyez quelle trace En va rester sur son front :

Un Ane avait vu sa fuite Et, eourant à sa poursuite, « Le jour de ma gloire a lui, »

Dit l'impertinente bête,

Criant à rompre la tète :

• L'est devant moi qu'il a fui!

Puis, redressant son oreille :

« De ma valeur sans pareille Qui peut douter aujourd'hui?

A la voix du baudet qui lui fait cet outrage, Le Lion, tout honteux, rappelant son courage, Se retourne incontinent

^<i FABLES.

Et, secouant sa crinière, Sous sa griffe meurtrière Écrase l'impertinent.

Si crime honteuse crainte Le Lion dûment guéri Fut désormais à l'abri D'une humiliante atteinte , L'histoire ne le dit point.

Mais j'y vois un douhle point De moralité profonde.

Le premier, que, dans ce monde, Il n'est homme si puissant De grandeur ou de génie, Qui n'ait son côté glissant De faiblesse ou de manie.

L'autre, qu'on vit longtemps si l'on n'est que poltron ; Mais qu'il ne faut pas joindre à sa poltronnerie

Insolence et forfanterie :

Témoin ce qu'il advint à maître aliboron ; Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron? ••

FABLE QUATORZIEME

LE LOKIOT ET LE COI Col.

In Loriot, l'honneur et l'ornement dos bois,

Dans mes vers nouveau personnage ,

Connu par la beauté de son riche plumage

Autant que par l'éclat de sa brillante voix,

Pour la sécurité du foyer domestique ,

Avait fixé son nid sur un platane antique.

Le platane, on le sait, est l'arbre de son choix.

Merveille d'élégante et simple architecture,

Un nid de Loriot, c'est une œuvre à la fois D'instinct et de génie, où l'art el la nature

Semblent se disputer l'honneur de sa structure : OEuvre où se voit empreint le doigt du Créateur.

Quatre crins d'égale longueur Artistement noués sur un rameau docile, Dont la courbe obéit aux caprices de l'air, Comme obéit l'esquif aux brises de la nier. Suspendent mollement ce gracieux asile '.

Ainsi balancé, ce berceau

Présente le double avantage D'être plus doux et doter tout passage

A tout insecte ou vermisseau ;

C'est là l'instinct de cet oiseau.

I n Coucou, voisin du compères

Et qui l'avait regardé faire, Depuis longtemps convoitait son logis.

^ Ce nid, se disait-il, serait bien mon affaire. C'est le mieux fait qui soit dans le pays. Dès aujourd'hui je puis m'en rendre maître;

1 La description de ce nid est, peut-être, plus poétique qu'exacte ; niais la Providence a donné à certains oiseaux de si merveilleux instincts que l'invraisemblance, même, peut être vraie.

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