LIVRE TROISIEME
Mais attendons encore une semaine ou doux : Les œufs sont déposés; les petits doivent naître; Ma prise alors en vaudra beaucoup mieux. »
Au temps marque, c'est-à-dire à l'époque Où les petits lurent venus, Le cruel tond dessus, Tour à tour vous les croque; Puis, dans le nid encor fumant Du sang qu'il venait d'y répandre, Le barbare ose bien attendre Le Loriot , qui survient à l'instant.
Aux oisillons il portait la pâture : Qu'on juge, au spectacle émouvant Du meurtre de sa géniture, Du pauvre Loriot quelle fut la douleur. « 0 Jupiter! dit-il, toi qui sais mon malheur, N'j sois pas insensible, et fais que ta justice D'un cruel assassin prépare le supplice! De tout temps, le méchant fut par toi confondu. Oui, je serai vengé si tu m'as entendu.
Jupiter, témoin de la scène.
Avait connaissance (\\i c;is;
Mais Jupiter ne pensait pas
Que la chose valût la peine
Qu'il intervint dans leurs débats.
A ses yeux, le Coucou, ni traître, ni coupable, N'avait suivi qu'un penchant naturel, Qui, bien qu'on put le réputer cruel,
N'était pourtant point condamnable.
« Toi-même, es-tu moins criminel?
Dit-il au Loriot; toi-même qui me touches
Par le récit de tes malheurs,
Dis-moi, tous tes festins de mouches N'ont -ils jamais fait répandre de pleurs? Ces insectes , ces vers et ces mille victimes
Qui chaque jour sont engloutis, Pour te nourrir ou nourrir tes petits, Qu'est-ce autre chose enfin que des milliers de crimes?
Tu te plains de tes ennemis;
Tu demandes une sentence ; Eh bien, je vais la rendre; écoute et sois soumis :
«Moi, l'auteur de toute existence, Je pèse en la même balance Les œufs des loriots et les œufs des fourmis.
IJVKE TROISIEME.
Du reste, et quant aux maux répandus sur la terre, Le monde est ainsi fait et n'est point à refaire.
Tu souffres trop en ee moment
Pour que je t'explique comment La mort est pour la vie un agent nécessaire. »
Ici le dieu se tut; et moi, son truchement, .le dois, puisqu'il s'est tu, m'incliner et me taire.
FABLE QUINZIEME