‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 89 sur 104 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Le cœur plein du malin désir De troubler d'un vieux coq le bonheur domestique, S'abattant sur le toit d'une maison rustique, S'en vint près d'une Poule occuper son loisir. Il s'approche, il lui parle un langage superbe; II lui dit tout l'amour dont il se sent épris. A ce jargon nouveau qui demeure incompris , La Poule stupéfaite a quitté son brin d'herbe.

— « Que me veut ce beau sire avec son bec crochu ? Dit-elle , et d'où nous vient ce grand oiseau sans grâce Qui fait le beau parleur et qui, là, nous est chu Quasi comme du ciel? Ma foi, je m'embarrasse Pas mal de ses grands yeux; et pour qui me prend-il? J'aime bien mieux mon coq; il est bien plus gentil,

Lui qui porte si bien sa crête, Lui qui met tant de grâce à chanter ses amours , A secouer son aile en signe de conquête, Et même à se gratter coquettement la tète, Comme pour m'assurer que je lui plais toujours. »

L'Aigle, surpris de sa déconvenue, Confus d'un dédain mérité , Mais cédant à l'attrait dune ardeur inconnue.

Sous le joug d'un désir par l'obstacle irrité, Au pied d'un vieux donjon va gémir, attriste;

Cachant sa tête sous son aile, \e pensant qu'à sa poule et soupirant pour elle

Amour, amour, pourquoi l'Aigle n'a-t-il pas lui? Ce sont là de tes traits, c'est la maligne étude, Et l'Aigle, dans sa solitude, Dépérissait de langueur cl d'ennui.

Cependant un éclair a passé devant lui. 1. oiseau de Jupiter, que la foudre ranime. Soudain lève la tête et jette un cri sublime. La tempête l'appelle : il en connaît la voix.

Kl sa fierté, s éveillant sur l'abîme,

A pour jamais stigmatise son choix.

Il aspire à rentrer sous ses amours anciennes ; Sa gloire en a reçu le solennel serment; Et, délaissant des mœurs qui ne sont pas les siennes, Il s'élance rapidement Aux profondeurs aériennes.

Par delà tous les monts, par delà tous les ci eux, Par delà les confins de la voûte stellaire,

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