‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 9 sur 104 · LE B0UT0V DE FLEUR · texte numérisé non relu

LE B0UT0V DE FLEUR

Impatient d'ouvrir son calice à l'Aurore, Un bouton de fleur se plaignait Et même , parfois , s'indignait Qu'il ne put librement éclore Dans tout l'éclat de ses jeunes attraits,

Sans être environné de feuilles inutiles Qui semblaient croître tout exprès Pour cacher ses formes nubiles.

« Déjà peut-être du Zéphyr,

S'il eût pu m' approcher sans peine,

J'aurais reçu ia douce haleine

Et partagé tout le plaisir , Disait-il; mais toujours, autour de moi rangées,

Ces feuilles sont comme chargées

D'étouffer mon premier désir.

Ah ! si prenant pitié de ma peine secrète ,

Quelque main voulait nie ravir

Au joug sous lequel je végète, Qu'il serait doux pour moi de la pouvoir bénir! •

La main qui cultivait celle fleur indiscrète,

Soit complaisance, soi! humeur,

Arracha soudain de la tige

Tout le feuillage prolecteur.

Le bouton vit bientôt, hélas! pour son malheur, Où conduisait son esprit de vertige.

Des premiers feux d'un soleil dévorant

Il reçut l'atteinte mortelle ;

Et, sur sa faute, alors, pleurant, Trop tard désabusé de son erreur cruelle,

Sur cette lige sans vigueur.

Avant de s'entr'ouvrir il mourut de langueur

Page 1