‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 95 sur 104 · COX TE S · texte numérisé non relu

COX TE S

Et va droit. comme un luron.

Si quelque voleur s'approche, Toi, sans te déconcerter, Laissant ton or en sa place, Prends tes écus tout en niasse, Jette-les-lui sans compter., Et, pendant qu'il les rainasse, Sans l'arrêter peu ni prou, Mets les jambes à ton cou, Gagne au large et reviens vile. -

L'entant écoute ce propos, Range ses deux paquets, endosse sa lévite; B]t le voilà parti, gai, gaillard et dispos,

Tout fier de remplacer son père.

Mais quand ce vint vers le repaire.

Tout à coup se présente, au détour d'un chemin

Monté sur superbe monture,

Un homme de haute stature,

Dague au côté, le sabre en main,

Et pistolets à la ceinture.

Le gars, pour un instant, frémit de l'aventure.

Pourtant il se remet, songe au sang dont il sorl Et s'abandonne aux volontés du sort.

Le chapeau rabattu sur sa mine farouche,

S'avance le nouveau Cartouche.

u Arrête, cria-t-il d'une voix de stentor,

Donne ta bourse ou crains la mort. «

De point en point l'aventure se passe

Ainsi que le père avait dit :

L'enfant implore le bandit, Se jette à ses genoux pour lui demander grâce,

Cherche d'un air tout interdit, Retire ses cens de dessous sa mandille,

Sur le chemin les éparpille,

Puis il se sauve tout tremblant ,

Ou plutôt il en fait semblant.

Le ruse, plus rusé qu'on n'aurait pu le croire,

l'a se cacher à quelques pas- Et, dès qu'il s'aperçoit, à ce que dit l'histoire, Que son homme descend , prêt à chanter victoire ,

Et qu'il va mordre à ses appâts.

Lui, tout à son dessein de profit et de gloire,

Revient furtivement, va droit à l'animal,

Empoigne le licou, saute sur la cavale. Et, zcst ! au grand galop, le voilà qui délaie. Sauvant son or, et gagnant un cheval Pour prix de moins d'une pistole.

Sans doute le Voleur fit mal.

Vous et moi sur ce point, disciples de Barthole, Nous sommes tous d'accord; votre avis c'est le mien.

Mais Teniant tit-il bien?

Beau résultat, vraiment, du secours de l'école! Chacun de nous se dit : ma foi, je n'en sais rien !

\ MONSIEl 15 EMILE DESCHAMPS,

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— Encore un miracle, voisine!

Il s'en fait tous les jours : le monde va finir, Disait la mère Jacqueline, VA puis qu'allons-nous devenir?

Pour moi, depuis l'autre dimanche

Qu'on a vu par les airs passer la chèvre blanche, Je ne saurais point définir Ce qui me trotte dans la tète, Mais, ou je ne suis qu'une bête, Ou bien, c'est sur, le monde va finir. —

— Qui trouble ainsi votre cervelle, Commère ? Qu'est-il donc arrivé ce matin '

— Quoi! vous ne savez pas, voisine, la nouvelle? La fille à Jean, la femme à Valentin,

Qui devait bientôt être mère ; — Eh bien? — Eh bien! la nuit dernière Elle a mis au inonde un enfant Avec une Dent d'or. — lue Dent d'or! vraiment!

Vous me causez une surprise extrême; Une Dent d'or ! comment ? cette nuit même ! Une Dent d'or! on vous en a conté.

— Conté? Tout le monde l'a vue.

Les assistants n'avaient point la berlue;

C'est le fils du bedeau qui me l'a rapporté :

Il était là pendant toute l'affaire.

On est allé chercher le curé, le vicaire,

El l'eau bénite et l'encensoir.

Elle est bien d'or, voisine, el vous allez le voir;

On va bientôl sonner la cloche; J'ai vu passer le clerc, il avait son surplis. »

Cependant de ce bruit, qui court de proche en proche .

Tous les environs sont remplis.

Il n'est petit ni grand qui ne s'en entretienne.

Veut-on citer du rare, du nouveau.

Aussitôt la Dent d'or : c'est le seul mot qui vienne.

Chacun s'en creuse le cerveau.

Le poëte de la contrée.

Oui croit revoir le temps d'Astrée,

D'un sujet si neuf et si beau

Songe à créer une épopée.

Surtout la gent savante en est fort occupée.

Les docteurs, comme on sait, veulent tout expliquer. Le point, pour eux, était de s'appliquer A démontrer comment en la mâchoire

Pouvait croître une dent qui n'était pas d'ivoire.

C'est là que le talent pourra se faire jour.

Déjà les plus huppés ont retaillé leur plume.

Pour et contre la dent on écrit maint volume.

On consulte, on compile, on combat tour a tour

Les subtils arguments des auteurs qu'un exhume

Aussi, le vrai, le faux, le douteux, le certain

Sont noyés dans. des ilôts de grec et de latin.

La dispute s'échauffe : on intrigue, on cabale.

Grand Dieu! lais que nos champs n'en soient point ravagés

Les champions, animés d'une fureur égale,

En deux partis puissants se sont déjà rangés.

Quel désastre nouveau vient menacer le inonde?

Heureusement quelques sages esprits.

Spectateurs inquiets de l'orage qui gronde, Conçoivent le projet de porter vers Paris Le fléau par qui seul leur province est troublée. Si c'est d'explorateurs d'antiques manuscrits Qu'il faut pour déchiffrer tous ces monceau* d'écrits,

I /Académie en est meublée.

Ils ont parlé de trêve; et leurs noms respectés (Que ne peut la raison sur des cœurs irrités !l Obtiennent qu'on soumette à la docte assemblée

Le cas encor mal entendu.

Au nom de ce grand corps le choc est suspendu La discorde en ses vœux se voit soudain trompée. On dépose a l'instant et la plume et l'épee. Chaque parti, jaloux d'assurer son succès. Se hâte d'assembler les pièces du procès;

Et les in-folio, revus à chaque page, Sont transmis par le coche au grave aréopage.

Du bruit de la Dent d'or Paris même agité Attend le jugement avec anxiété.

On s'assemble : on s'occupe avec soin de L'affaire; On hésite longtemps; longtemps on délibère; Car de L'Académie, en sa perplexité,

Tout l'esprit suffisait à peine

Pour expliquer le phénomène.

Enfin, pour la troisième Ibis,

I /Académie est convoquée.

On était près d'aller aux voi\; On allait prononcer la sentence invoquée,

Lorsqu'un personnage subtil,

Homme de sens et de génie ,

Le malin de l'Académie, Se lève et dit : « Messieurs, e\isle-t-il lue Dent d'or? La chose est -elle positive? A-t-on vu, constaté l'état de la gencive?

Enfin, je le répète encor.

Est-il bien sûr que c'est une Dent d'or? Dans un cas de l'espèce, il ne Tant rien de louche.

Ces mois, comme un éclair, saisissent les esprits. A quoi s'en vont servir tant de savants écrits? On députe au bambin, qu'on trouve dans sa couche On fait avec grand soin l'examen de la bouche. On a tout constaté , tout mis sur parchemin ; Mais de Dent d'or, pas plus que sur la main.

A tous les lieux où l'on discute Ceci s'applique également ; C'est ainsi qu'en plein parlement On plaide, on crie, on se dispute Sur aussi peu de fondement.

y 'Hyi

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