‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 2 sur 271 · FLORIAN · texte numérisé non relu

FLORIAN

Les œuvres de Florian se composent de :

i # Quatre comédies : les Deux billets, 1779 ; Jeannol et Colin, 1780 ; les Deux jumeaux de Bergame, 1782; le Bon ménage, 1782.

2» Deux pastorales : Galatée , 1783; Estelle et Némorin.

3° Deux poèmes bibliques: Tobie, 1784; Eliézer et Nephthali, publié en 1803.

4° Deux épopées pastorales : Numa Pompilius. 1786 ; Gokzalve de Cor doue, 1791.

5» Uneéglogue : Buth, 1784. Couronnée par l'Académie .

6» Une traduction de Don Quichotte, 1798.

7* Six nouvelles : Bliombéris, Pierre, Célesline, Sophronime, Sanche et Bathmendi, 1784.

8* Six Nouvelles nouvelles : Selmours, Sélico, Claudine, Zulbar, Camiréet Valérie, 1793.

9° Le Serf du Jura, 1784. Couronné par l'Académie.

10* Des contes, des romances et diverses poésies, 1790.

11° Un Précis historique sur les Maures, 1791.

12* Son recueil de Fables, 1792.

Une triple influence n'a cessé d'agir sur le talent de Florian .* celle de la nature, qui lui inspira l'amour des champs et des riantes chimères; celle de sa mère, une Castillane, qui lui transmit les instincts chevaleresques du sang espagnol et la sensibilité pastorale que l'on remarque encore parmi les bergers des

rives du Tage et des campagnes de l'Estramadure, et enfin celle de Voltaire, son grand-oncle, qui lui apprit à devenir un conteur charmant et spirituel. « Une naïveté piquante, presque étrangère à nos mœurs actuelles, dit Palissot 1 , une sensibilité douce, une imagination riante, enfin la délicatesse et la grâce, forment le caractère de cet agréable écrivain, qui essaya son talent dans le genre des pastorales.

Quoique ce genre dût avoir peu d'attraits pour un siècle accoutumé à toutes les jouissances du luxe, et par conséquent assez dépravé pour ne pas sentir le prix ni de la simplicité champêtre, ni de la belle nature, la Galalée de Florian, imitée de l'original incomplet de Cervantes, fut assez bien accueillie pour engager l'auteur à travailler de lui-même, et son Estelle eut plus de succès encore : elle le méritait.

Florian n'était appelé qu'à de petits ouvrages. D donna successivement des nouvelles, des contes, des fables et quelques pièces fugitives en vers, dont quelques-unes furent couronnées par l'Académie française. Si ces différents ouvrages n'annonçaient en aucun genre un homme supérieur, tous prouvaient un esprit aimable qui savait allier dans son style, à beaucoup de naturel, une facilité élégante et souvent gracieuse : mais, lorsqu'il voulut franchir ces limites et lutter imprudemment avec Télémaque dans le roman de Numa Pompilius, qui contient pourtant quelques détails agréables, le public lui fit sentir que son talent ne lui permettait pas de tenter, ni des sujets qui eussent exigé de grandes vues, ni même des ouvrages de longue baleine.

C'est la loi qu'il s'était imposée lui-même dans de petites comédies, qu'il sut rendre non-seulement très-piquantes, mais originales, en donnant à un personnage de pur caprice et qu'on eût pu croire épuisé au théâtre une physionomie toute nouvelle. Il a fait du personnage d'Arlequin le héros de trois pièces. Amant dans l'une, époux dans l'autre, père enfin dans la troisième, il lui donna, dans chacun de ces états, un charme de vérité qui ne pouvait manquer de plaire, et qui ramena, pendant quelques années, l'afiluence publique à la scène qu'on nommait italienne.

1 Mémoires sur la littérature.

On doit sentir cependant, et Flonan l'avoue lui-même, que de pareilles pièces ne lui permettaient pas de grandes intentions. Il n'aspirait pas à corriger les hommes en attaquant leurs vices ; « il ne voulait, ce sont ses propres paroles, que les initier à la vertu en leur rappelant combien elle est aimable et combien elle donne de vrais plaisirs. • Ce but est très-louable et l'auteur nous parait l'avoir très-heureusement rempli.

tL'églogue intitulée Huth, ajoute Dussault ', est pleine de traits charmants et le ton en est excellent d'un bout à l'autre. Sans avoir précisément ce qu'on appelle de l'originalité, Florian a cependant une manière qui lui est propre ; son style a quelque chose de ces fleurs simples et légères qui croissent d'elles-mêmes, avec un éclat modeste, sous les premières haleines du printemps au sein des prairies ; il respire l'amour des plus douces vertus et le goût des plaisirs champêtres. Florian écrivait dans le temps où la sensibilité était à la mode ; mais comme il savait garder la mesure en tout, il a évité le ridicule de la sensiblerie en touchant à cet écueil. C'est un écrivain distingué entre ceux qui ne se sont pas signalés par la supériorité du génie. »

Après cette appréciation générale des œuvres de Florian que nous avons citée textuellement, n'ayant pas l'ambition de redire autrement ce qui avait été bien dit, nous allons examiner particulièrement son mérite comme fabuliste. Écrire le mot de fables, sans parler de la Fontaine, ce serait faire comme celui qui s'extasierait sur l'ordre de l'univers, sans prononcer le nom de Dieu, l'auteur de ces merveilles. Nous rapporterons donc sur cet Homère de la Fable, un excellent jugement de Marmontel *, qui pourra servir de terme de comparaison :

« On reconnaît, dit cet éminent critique, la bonne foi d'un historien à l'attention qu'il a de saisir et marquer les circonstances, aux réflexions qu'il y mêle, à l'éloquence qu'il emploie à exprimer ce qu'il sent ; c'est là surtout ce qui met la Fontaine au-dessus de tous ses modèles. Ésope raconte simplement, mais en peu de mots, il semble répéter fidèlement ce qu'on lui a dit ; Phèdre y met plus de délicatesse et d'élégance, mais aussi

1 Annales littéraires.

* Éléments de littérature.

moins de vérité. On croirait en effet que rien ne dût mieux caractériser la naïveté qu'un style dénué d'ornements ; cependant la Fontaine a répandu dans le sien tous le trésors de la poésie, et il n'en est que plus naïf : ses couleurs si variées et si brillantes sont elles-mêmes les traits dont la nature vient se peindre dans les écrits de ce poète avec tant de grâce et de simplicité. Ce prestige de l'art paraît d'abord inconcevable ; mais, dès qu'on remonte à la cause, on n'est plus surpris de reflet. Non-seulement la Fontaine à ouï dire ce qu'il raconte, mais il l'a cru, mais il Ta vu, il vient de le voir encore. Ce n'est pas un poète qui imagine, ce n'est pas un conteur qui plaisante, c'est un témoin présent à l'action et qui veut vous y rendre présent vous-même. Son érudition, son éloquence, sa philosophie, sa politique, tout ce qu'il a d'imagination, de mémoire et de sentiment, il met tout en œuvre de la meilleure foi du monde, pour vous persuader; et c'est cet air de bonne foi, c'est le sérieux avec lequel il mêle les plus grandes choses avec les plus petites, c'est l'importance qu'il attache à des jeux d'enfants, c'est 1 intérêt qu'il prend pour un lapin, pour une belette, qui font qu'on est tenté de s'écrier à chaque instant, Le bon homme ! On le disait de lui dans la société ; son caractère n'a fait que passer dans ses Fables.

« Florian ne peut prétendre à un pareil éloge, mais, ne l'oublions pas, s'il reste loin derrière la Fontaine, de tous nos fabulistes, c'est celui qui le suit de plus près. Ce n'est ni un grand poète ni un grand écrivain, mais il a de la grâce dans l'esprit et du goût dans le style. Versificateur plus doux et plus correct que la Motte, plus sage et moins brillant que Dorât, plus animé et moins faible que MM. de Nivernois et Boissard, plus naturel, mais moins philosophe que MM. Viennet et la Chambaudie, très-supérieur par son esprit, par son talent, par sa diction à la foule des autres faiseurs d'apologues, Florian nous paraîtrait avoir mis dans les siens tout ce dont le genre est susceptible, si le génie incomparable de la Fontaine ne nous avait appris de quels trésors ce genre peut s'enrichir sous l'impulsion féconde de l'art. Ses fables sont généralement élégantes ; elles sont écrites avec goût, elles sont ornées de traits piquants ; elles ont une certaine fleur de naïveté, pour ainsi dire artificielle, qui n'est qu'un calcul, mais qui ne ressemble pas trop à un calcul. L'esprit s'y montre, mais avec toute la mesure, toute la discré-

tion, toute la réserve que lui imposent les convenances du genre ; il s'y montre, mais il se déguise, il craint d'être trop reconnu et l'effort qu'il fait sur lui-même devient une grâce. La manière de Florian est plutôt riante, agréable, aimable que gaie ; il a plutôt des aperçus délicats, des vues ingénieuses, des réflexions fines et naturelles que des saillies vives, inattendues et frappantes. Avec beaucoup d'esprit naturel, avec un goût délicat, il a presque assuré au talent les privilèges et les honneurs du génie. Ses apologues resteront ; ils sont en général fort jolis ; si son coloris manque de force, jamais il ne manque d'éclat, et son feu, sans jamais répandre beaucoup de chaleur, jette souvent des traits de lumière assez vifs.

« Avec la Fontaine, Florian est le fabuliste qui a le mieux saisi le véritable esprit et le vrai ton de la fable. La morale est généralement bien choisie et bien adaptée au sujet. « Le bon sens dans tous les genres, dit La Harpe, prédomine dans son recueil : vous y trouvez des fables d'un intérêt attendrissant, d'autres d'une gaieté douce et badine, d'autres d'une finesse piquante, d'autres d'un ton plus élevé sans être au-dessus de celui de la fable. Le poète sait varier ses couleurs avec les sujets ; il sait décrire et converser, raconter et moraliser ; nulle part on ne sent l'effort, et toujours on aperçoit la mesure.

« Veut-on des tableaux animés par la poésie, qu'on lise le Danseur de cordes et le balancier; veut-on de l'enjouement, qu'on parcourre Don Quichotte devenu berger, où se trouvent des traits heureux.

Dispersant son troupeau sur les rives du Tage.

« Dispersant son troupeau ! (Deux moutons achetés au boucher. )

« A coté d'un trait enjoué citons comme contraste ce vers admirable en parlant d'un vieillard vertueux :

Nul n'eût osé mentir devant ses cheveux blancs.

t Dans ce vers le fabuliste s'élève jusqu'au style sublime par l'énergie imposante de l'expression.

« Il ne descend pas avec moins de grâce à ce badinage simple et facile qui semble l'essence même de la fable.

« Ainsi, dans le Rat de collège, il dit plaisamment :

Quand un rat, qui de loin entendait la dispute Rat savant, qui mangeait des thèmes dans sa hutte.

« Dans la Fable du Singe qui montre la lanterne magique, dont les derniers vers sont devenus proverbes : Je vois bien quelque chose

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