L'ANON PETIT MAITRE
Pour la première fois on menait au moulin
Un jeune ânon qui bégayait encore.
On avait peu chargé la petite pécore, De peur qu'il ne restât au milieu du chemin.
Ne croyez pas qu'il prit ainsi la chose; Oh ! que nenni. Le drôle avait trop bonne dose De cet amour fervent que chacun sent pour soi, Et qui nous fait traiter le prochain de canaille. Il crut qu'on avait peur de lui gâter la taille; Il le crut, et de bonne foi.
J'ai vu bien des ânons encor plus sots en France, Que leur faiblesse même a rendus glorieux.
Il n'est pas jusqu'à l'ignorance, Qui, les deux bras croisés, insultant la science, Prétend être ici-bas l'enfant gâté des dieux.