L'ENFANT ET LE VER A SOIE
Certain enfant avait un Ter à soie 1 , Dont il faisait ses plus doux passe-temps.
Un rien divertit les enfants.
Celui-ci n'avait pas de plus parfaite joie Que celle d'élever son jeune prisonnier.
Il faut qu'à toute heure il le voie,
Qu'il le nourrisse, qu'il le choie :
Il ne l'eût pas donné pour l'univers entier.
De son tendre feuillage il dépouille un mûrier* ; De cartons enlacés fait un château fragile, De feuilles le tapisse, et dans ce domicile
Met le vermisseau reposer.
Lui de s'y promener, d'y filer, d'y manger :
C'est plaisir qu'èlre esclave en un si doux asile! Le temps vint que nature, aux regards des humains
Voulant dérober ses merveilles, Fit qu'à bâtir le ver employa quelques veilles. A l'ouvrage elle seule elle prêta les mains :
Tout ce que touche la nature Devient or sous ses doigts. L'insecte en peu de temps Se façonne un logis d'admirable structure.
Il se retire là-dedans, Pour en sortir un jour sous une autre parure. L'enfant voudrait déjà qu'il eût brisé ses fers;
1 Ver à soie, insecte qui tient de la chenille,, et qui file la soie. Après différentes transmutations, il sort de son cocon en papillon blanc.
* Mûrier, arbre dont les feuilles servent à nourrir les vers à soie, et dont le bois est estimé, parce qu'il dure longtemps et qu'il a de la facilité à se courber.